"Heureux qui comme Ulysse..."
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Epilogue |
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Le fabuleux voyage cétait
16 pays traversés,
310 jours,
309 nuits : 217 en hôtel dans 106 chambres différentes, 43 en chambres dhôtes, 26 en bivouac, 15 en bus, 4 en appartement, 3 en avion, 1 en bateau,
41 décollages (et autant datterrissages...),
Environ 750 heures passées dans les moyens de transport, soit 31 jours,
30 plongées,
Une trentaine de romans engloutis,
1270 photos papier (13x19),
4000 photos numériques,
Zéro stress.
Ce voyage ne se voulait nullement une étude sérieuse de l'Amérique latine. Certains pays ont été tronqués par manque de temps (mais si !), d'autres contournés pour des raisons de sécurité. De larges portions d'Altiplano et de Brésil qui avaient servi de théâtre à des voyages antérieurs ont également été boudées. La priorité a toujours été le plaisir au détriment de l'exhaustivité. Nous n'avons éprouvé aucun scrupule à nous prélasser des jours durant dans des recoins sans intérêt majeur sous le seul prétexte d'une implacable paresse.
Le temps était le véritable luxe de ce voyage. Agir selon son humeur, foncer ou sattarder, courir ou ne rien faire, pouvoir changer les plans, voire ne pas avoir de plan précis devenait un authentique art de vivre.. Au delà de lenrichissement culturel, notre tentation était justement dexplorer cette situation inédite où lon se retrouvait avec devant soi des délais démesurés. Ce sentiment davoir tout son temps fut une des plus exquises délices de cette expérience. Prendre du recul est bien entendu un exercice paradoxal. On simmobilise pour mieux apprécier le mouvement, on sexile pour mieux revenir, on part à la découverte des autres pour se connaître soi-même. Tout ceci ne prend corps que dans une alternance de réflexion et daction. En clair, notre démarche devrait logiquement trouver des prolongement concrets dans le retour à ce quon pourrait appeler la « vraie vie ». Car dans le cas contraire, à quoi bon tout ce cinéma ?
La forme choisie, à savoir le tourisme pur, comporte dévidentes limites. Nous croyons que pour vraiment connaître un pays et ses habitants, il est nécessaire d'y être intégré en tant qu'acteur, c'est-à-dire qu'il faut au minimum y travailler. Mais si laccumulation des heures de route, des destinations et des visites peut finir par lasser, lexpérience gagnée est unique. Nous le gardions constamment à lesprit, de sorte que même nos rares instants de lassitude étaient vécus avec confiance. Ce travail sur la conscience de linstant, en nous permettant de vivre pleinement notre expérience, devait logiquement nous amener sans heurt jusqu'à son terme en nous protégeant de cette panique qui nous saisit lorsque on passe le week-end à se prélasser et quon se rend compte brusquement en voyant tomber le soir du dimanche que lon na réalisé aucun des flamboyants projets du vendredi.
La réalisation de ce site, par le travail dinformation et de synthèse quil exigeait, participait de cet effort de lucidité en nous obligeant à affûter notre regard, en se révélant un efficace antidote contre la tentation de se laisser porter au fil des jours.
Lincroyable profusion de laccès Internet jusque dans les coins les plus reculés eut pour conséquence de briser le sentiment disolement auquel nous pouvions nous attendre. Merveilleux paradoxe qui alimentait avec nos « proches » un échange plus assidu que jamais ! Quel aurait été notre état desprit dans le cadre dun black-out complet pendant dix mois ? Celui des voyageurs du temps jadis, sans doute. Un sentiment de solitude plus profond mais pas forcément dénué de charme...
Le bout de planète que nous avons arpenté, tapissé de merveilles naturelles et de peuples généreux, nous est apparu bien malade. Cataclysmes, guerres, dictatures, misère, rien népargne ce continent, même si les yeux du monde se tournent aujourdhui dans dautres directions. Linterventionnisme occidental bardé de bons sentiments ne suffit certainement pas à soulager limpérialisme destructeur à luvre depuis cinq cents ans. Face au sous-développement humain, la responsabilité étrangère - hier européenne et aujourdhui étasunienne - est engagée. Là, moins quailleurs, limpérialisme ne sest embarrassé de bonne conscience, combattant ouvertement les idées démocratiques comme nétant pas adaptées aux peuples spécifiques de ce sous-continent.
Mais il serait malhonnête dexonérer ces peuples de toute responsabilité. La démocratie, en admettant quelle fonctionne, saccommode mal de clivages sociaux trop prononcés. Le cas du Venezuela montre limpasse de ce processus dans un pays coupé en deux. Les élections guatémaltèques ont mis en évidence que lélectorat ignorant pouvait voter contre lui-même. Il nest donc pas de solution miracle si ce nest denclencher la reconnaissance effective des droits fondamentaux des peuples, comme préalable au développement social, et donc à la démocratie. Le mouvement à luvre au Brésil est porteur dune forte espérance de la part de tous ses voisins, car si ce géant parvient à réformer ses structures sociales médiévales, cest lensemble du continent qui sen trouvera irradié. Pour cela, il lui faudra vaincre ses propres et nombreuses contradictions, mais surtout lavatar moderne de la peste, à savoir la dette extérieure comme instrument de sous-développement. Cest loin dêtre gagné.
Le rôle du touriste peut apparaître ambigu. Dun côté, il stimule léconomie locale par sa consommation et apporte des devises souvent vitales. Dun autre, il désorganise le tissu social et culturel en imposant - même sans le vouloir - la mise en place dun cadre de référence occidental dans les milieux quil fréquente. Les amateurs dauthenticité seront souvent frustrés par le souci « marketing » des peuples qui, en voulant à tout prix fournir au touriste ce que quil est supposé venir chercher, le privent de toute surprise. Cest surtout vrai pour les « classiques », comme le Mexique, le Pérou, et Cuba. Mais même à lintérieur de ces pays et a fortiori dans les autres, il reste de formidables gisements de découverte et de plaisir.
Quelques temps forts, ou coups de cur :
- LArgentine fut une révélation, par ses trésors naturels aussi bien quhumains. Là, comme au Brésil, lexistence dune classe moyenne facilita le contact et le développement dune fascination réciproque. Lincroyable gentillesse de ces gens décomplexés face à loccident vaut de lor.
- Cuba, avec ses contradictions, ses problèmes, ses couleurs, ses odeurs et ses sourires.
- Le Nicaragua, à la beauté vierge et au peuple fier.
- La silhouette inconcevable des massifs tabulaires de la Guyane vénézuélienne.
- Et bien sûr, lépoustouflante splendeur de la Cordillère des Andes, des déserts chiliens, canyons argentins, plateaux boliviens, sommets péruviens, jusquaux volcans équatoriens.
Il nexiste pas de paradis tropical. Il est fictif de voir dans lailleurs une solution à ses problèmes intérieurs. Si nous avons rencontré nombre deuropéens expatriés, aucun navait trouvé le cadre magique qui transforme en réussite ce qui échoue sous les nuages. Voire, lenthousiasme de ces gens se trouve bien souvent tempéré par une intégration artificielle et des modes de fonctionnement complexes qui viennent décourager leur capacité dinitiative. Le tout est de bien cerner ce que lon peut attendre du dépaysement... et ce qui relève dautres facteurs.
Après un décompte rigoureux, nous avons établi que pendant ces 310 jours, nous ne nous étions jamais éloignés lun de lautre de plus dune dizaine de mètres, sauf en de rares occasions qui en temps cumulé avoisinent les trois heures : deux footings solitaires et une balade pendant la sieste de lautre. Rétrospectivement, la réussite de cette espèce de fusion était certainement un des enjeux majeurs de cette aventure, car on sait bien que lenfer, cela peut être lautre. Alors comment ne pas conclure que par delà les incroyables beautés de la terre, le joyau le plus précieux se lovait entre nous. Au loin, son éclat est devenu éblouissant.
Et si, pour que jamais lamour ne se ternisse il faut retourner au bout du monde, nous y retournerons.
Remerciements
Dun bout à lautre de la France, deux artisans ont contribué passionnément à notre rêve. Depuis Nice, Pierre a construit, lustré, et poli ce site comme un objet dorfèvrerie. Depuis Pau, Léon a tenu quotidiennement la baraque et maintenu en respect les créanciers.
Merci à tous les amis et visiteurs qui par leur assiduité nous ont encouragés à poursuivre ce « travail ».
Même si cest insolite, merci au législateur qui en dotant le code du travail du concept dannée sabbatique a donné un cadre légal à cette aventure ; et la rendue possible.
Vive la différence, vive la connaissance, vive la paix !
¡Hasta siempre !