Costa Rica *
Fraîcheur de vivre
( 26 janv - 9 fév 03 )
Peñas blancas est le nom de la frontière terrestre
entre Nicaragua et Costa Rica. Elle mérite une citation comme la
seule frontière à posséder un service de guides. C´est
incroyable, mais vrai. La procédure d´immigration est un
parcours du combattant sans aucune trace de ce qu´on appelle
communément la logique, ou même le simple bon sens. Nous
refusons de nous abaisser à embaucher un guide car nous sommes
des baroudeurs chevronnés. Nous mettrons deux heures à franchir
le cap du surréalisme migratoire, du cubisme douanier, du
dadaïsme administratif, du classique corrupteur, et du
pointillisme policier: du grand art!
Le Costa Rica est un des rares pays du monde à
avoir aboli l´armée, alors qu´elle est une pièce maîtresse
de la société Suisse pourtant neutre, et que le Vatican
possède ses gardes suisses. En revanche, la police se montre
implacable le long de cette frontière qu´on peut qualifier de
Rio Grande d´Amérique centrale. D´un côté, le Nicaragua et
ses tragédies. De l´autre, un pays miraculé de l´histoire
régionale qui connaît la démocratie depuis plus d´un siècle.
Pour ses voisins, le Costa Rica constitue une espèce de «
Suisse » (encore une) de l´isthme. Les nicaraguayens
fournissent la main-d`oeuvre corvéable des plantations, du
bâtiment, de la domesticité, et accessoirement des prisons.
Soyons pourtant redevables au Costa Rica de ses immenses
qualités. Et en premier lieu, nous apprécions un peu de confort
après quelques semaines cahoteuses. On se prétend un peu vite
routard et on oublie que dans les pays chauds, la nuit est
souvent difficile à vivre, dans les sueurs des draps inutiles et
par toutes les vies entrelacées qui s´engouffrent de la
fenêtre désespérement ouverte.
Liberia est notre première étape, nous ouvrant la voie
vers deux merveilleuses journées de randonnées dans le parc
national du Rincón de la Vieja. Les zones protégées
sont d´ailleurs une spécialité nationale puisqu' elles
représentent 27% du territoire, un autre record pour ce pays qui
a bien compris que la nature était une authentique richesse.
Réputé pour ses orchidées, le parc nous a réservé une toute
autre surprise : un phénomène climatique bien singulier. Les
deux versants (pacifique et caraïbe) du Costa Rica connaissent
des climats fort différents. Ainsi, la différence de pression
entre les deux zones relativement proches- crée des vents
violents qui viennent buter sur la cordillère centrale,
emprisonnant cette dernière dans une épaisse gangue nuageuse.
Sous l´effet des hautes pressions de la zone pacifique, le vent
accélère encore en franchissant les cimes jusqu´à atteindre
une vitesse vertigineuse. Il parvient ainsi à acheminer les
gouttes de pluie qui devraient en toute logique tomber
en-dessous de leur nuage- bien au-delà des crêtes, sur le
versant et la plaine pacifique où le ciel est uniformément
bleu. Vous vous retrouvez donc dans une situation où il pleut
par beau temps. Le jeu du soleil entre les gouttes crée un
arc-en-ciel permanent qui donne au paysage la rondeur de
l´univers de Folon. La forêt est parsemée de
chaudes fumeroles, de sources d´eau sulfureuses, de
mini-volcans, et de serpents verts qui godillent sous nos pas.
Ici et là, des puits émeraudes appellent à la baignade les
touristes intrépides sous l´oeil multiple d´un panthéon
d´insectes, et même de l´étrange crabe vermillon engagé dans
sa sardane latérale autour de la lagune.
Les trois millions d´habitants du Costa Rica sont principalement
concentrés dans les vallées centrales et lagglomération
de sa capitale, San José. La monnaie est le
"Colón", coté à 1/380 Euros (encore du bonheur). La
bière nationale est "l´Imperial" ; elle a pour
principale vertu de rafraîchir. Le football est roi, la
sélection a même participé au dernier mondial, avec le même
succès que lEquipe de France. Le café est le
produit le plus mondialement reconnu. Contrairement à ce qui se
passe dans la plupart des pays producteurs, on peut consommer
autrement que sous forme de Nescafé ayant fait un détour par
les Pays-Bas ou la Suisse (encore !!!).
Un coup d´oeil à San José nous permet de vérifier
encore une fois la loi scientifique qui veut que toutes les
capitales d´Amérique Centrale sont des verrues infâmes en
décalage complet avec les pays qu´elles représentent. A ce
propos, nous n´avions pas pris la peine d´évoquer Managua lors
de l´épisode précédent : vous n´avez rien manqué. San
José est néanmoins l´occasion de régler quelques
formalités concernant la suite du voyage, ainsi que sa fin qui
se dessine désormais plus nettement. Une librairie française,
où nous accueille la sympathique Krinilda, nous arrache des
gargouillis de bonheur. On imagine mal à quel point la présence
réconfortante d´un bon livre peut apaiser une âme errante.
Montezuma est un minuscule village de la péninsule
de Nicoya, sur la côte pacifique. Nous nous y abandonnons
totalement au luxe de lire. Car pour lire en aristocrate, en
savourant chaque phrase comme autant de gorgées de liqueur, il
faut du temps. Nous en regorgeons.
La forte présence d´une importante communauté italienne
provoque le phénomème bien connu de la fuite en avant du
bronzage. Tout le monde aura noté que les transalpins arborent
en toute circonstance un teint outrageusement coloré. Nous les
avons donc rigoureusement espionnés, jusqu´à découvrir qu´en
plus des longues heures d´exposition passive au soleil, quelques
poduits illicites venaient appuyer l´effort chromodermique (ou
dermochromatique). Notre séjour fut donc largement consacré à
la défense d´un conception gauloise du bronzage et donc à la
défense de notre honneur national avec le concours ne le
cachons point de produits à base de carotte. Ceux qui
considèrent ces « activités », ainsi que le recours à la
gonflette comme un symptôme de déliquescence de nos esprits
vont trop loin. En revanche, nous sommes imprégnés d´une
conscience suraiguë de la fuite du temps. Etant passés sous la
barre fatidique des deux mois avant le retour, nous nous jetons
à corps perdu vers les antipodes de notre destin : la lumière.
Nous nous vautrons en elle comme dans des draps de soie, et le
voile sombre de notre peau demeure le témoin de ces amours
photoniques.
Bahia Drake, sur la côte pacifique sud, fait partie
d´une des régions les plus sauvages du pays. Nous y savourons
quelques jours magiques dans notre cabane en bois du Mirador.
Toucans, coatis, sauterelles gigantesques, perroquets, iguanes
équilibristes, requins, tortues, raies et mérous peuplent ces
séquences d´observations aux yeux mi-clos. Sur la plage, le
crabe de Drake garde toujours ses distances et nous passons
l`après-midi ensemble dans un 1-2-3- soleil fraternel. Lui
jouant avec des brindilles et moi avec le sable sombre tandis que
dans les vagues roulantes s´égaie le plus aimé des dauphins.