IMPRESSI0NS
31 mai
¡ No pasaran ! C´est en substance ce
qu´ont décidé les
esprits de la Cordillère : col enneigé, bus
reporté
sine die. Nous voilà Gros-Jean comme devant,
obligés
de poursuivre toujours plus au Nord notre
route à la
recherche d'un passage. Nous mettons donc le
cap sur
Arica, ville frontière avec le
Pérou. Quelques km plus
loin, c'est Tacna et ses fameux
géoglyphes. A quelques
heures de bus, c'est La Paz, via le
lac Chungara
(4.515 m). En fait nous n'avons pas davantage
la
certitude de passer mais il faut bien avancer
!
Arica possède plusieurs
caractéristiques intéressantes
: située au bord du Pacifique, elle est
agrémentée
d'une végétation luxuriante alors qu'il n'y
pleut
strictement jamais. Ses deux édifices
principaux, la
cathédrale et l´ancienne douane, ont été
préfabriqués
en France par les chantiers Eiffel,
acheminés par
bateau via le Cap Horn, et intégralement
remontés ici.
La gardienne nous soumet à un interrogatoire
serré sur
la vie et l'oeuvre de Gustave Eiffel (dates,
détails
techniques, données volumétriques, ...)
devant lequel
nous restons penauds. Plus surprenant,
quelques heures
plus tard, un chauffeur de taxi nous soumet
au même
supplice. On ne se demande plus ce que les
ariqueños
apprennent à l'école. Ce n'est d'ailleurs
pas le jour
idéal pour titiller un francais, cf défaite
face au
Sénégal, ce matin à 7h30, histoire de bien
commencer la
journée ! Suivre la Coupe du Monde, cela va
être...,
disons sportif. Désormais nous nous
présentons comme
des touristes suisses. Et à propos de
Suisse, demain
nous partons en expédition avec Reto, jeune
bernois
qui a choisi de faire une pause dans sa
carrière pour
faire un tour du monde qui commence ici-même
pour se
poursuivre essentiellement dans les îles du
Pacifique.
2 juin
En finissant doucement une journée comme
celle-ci, on
se sent heureux. Voilà 24 heures que nous
arpentons le
parc national Lauca, entre salars,
volcans, lagunes et
l'immense altiplano. Ce parc est traversé
par la seule
route reliant la Bolivie à la mer, et la
ville de
Putre où nous logeons est située
à l'entrée de
l'altiplano à une altitude de 3500 m. Tout
rappelle
déjà l'atmosphère aymara de la Bolivie...
Ce que nous n'avions jamais vu auparavant,
c'est la
profusion et la diversité de la faune
altiplanique.
Sur le salar de Surire, trois
espèces différentes de
flamants. Sur les alpages, des guanacos,
lamas,
alpagas, et des processions de vigognes,
élégantes et
bondissantes. Plus rares encore, les aigles
et les
autruches. Tout ce monde en liberté dans un
décor
majestueux : voilà des images inoubliables.
Mais au fait, que se passe-t-il lorsqu'on
monte
brusquement du niveau de la mer jusqu'à ces
hauteurs ?
Faites le test avec une bouteille de boisson
gazeuse,
comme une anglaise l'autre jour. Vous avez
enfermé air
et liquide à une pression atmosphérique
donnée, celle
du niveau de la mer. Quand vous vous élevez,
la
pression atmosphérique diminue. Il y a donc
une plus
forte pression à l'intérieur de la
bouteille. Lorsque
vous libèrez des éléments pressurisés, cf
un avion qui
perd un hublot, ils sont attirés par les
pressions
plus faibles. Ici la bouteille de l'anglaise
lui
explose à la figure et arrose la moitié de
son groupe,
ce qui nous amuse beaucoup. Elle a du coca
jusque
derrière les lunettes !
Quant au corps humain, il est sujet aux
mêmes
phénomènes. C'est du moins ainsi que
j'interprète la
tendance échappatoire des gaz transitant
dans mon
organisme. Bien sûr les guides ne vous
parleront pas
de ces flatulences extrêmes qui accompagnent
les
ascensions ! Ils évoqueront des troubles
plus
politiquement corrects comme la migraine, les
oedèmes
pulmonaires. Voià donc une injustice
réparée.
Malgré tout, ce soir, en fermant les yeux,
je continue
longtemps à voir danser le ballet des
vigognes...
3 juin
Cette journée fut l'apothéose de
l'apothéose :
commencée par une observation de Chinchillas
(entre
lapin et marmotte avec une queue
d'écureuil), elle
s'est poursuivie par un slalom entre quelques
uns des
plus hauts volcans des Andes : le
Pomerape (6280m) et
le Parinacota (6310m) puis le
Sajama (6500m). Arrivés
au lac Chungara (4515m), l'un des
plus hauts lacs du
monde à titre de comparaison, le lac
Titicaca est le
plus haut lac navigable du monde), nous
basculons vers
la Bolivie.
REPERES
Le territoire bolivien ou la peau de
chagrin
La guerre du Pacifique
Jusqu'au milieu du 19ème siècle, le désert
d'Atacama,
qui paraissait sans intérêt particulier,
avait servi
de no man's land dans les conflits latents
opposant le
Chili, le Pérou et la Bolivie. La
découverte du
salpêtre va déchaîner les hostilités. Le
gouvernement
bolivien veut imposer les entreprises
installées sur
son territoire. Le Chili refuse, encouragé
par
l'Angleterre qui veut continuer à exploiter
le
salpêtre et le guano du littoral bolivien ;
en 1879,
il déclare la guerre à la Bolivie et au
Pérou, qui ont
conclu un pacte secret. La guerre du
Pacifique est
gagnée en 1881 par le Chili, fier de ses
célèbres
batailles navales. Le vainqueur annexe ainsi
le
territoire de l'Atacama (bolivien) et les
ports du
nord (boliviens et péruviens), privant la
Bolivie de
tout accès à la mer et donnant au Chili le
contrôle du
nitrate. A la Paz, le Musée du littoral
bolivien
laisse apparaître combien, pour les
boliviens, cette
perte demeure une blessure béante. Vieilles
cartes,
costumes, drapeaux, estampes, photos,
documents divers
retracent de façon très détaillée (mais
sans aucune
explication pour les non initiés !) toutes
les phases
de cette page très sombre de la Bolivie.
Cette
succession d'objets ne fait cependant pas
apparaître
le fait que la perte de l'accès à la mer et
du désert
de l'Atacama a d'une certaine façon mis la
Bolivie à
l'écart des flux d'immigration européens à
la fin du
XIXeme siècle. Avec, pour conséquence, la
préservation
du caractère andin de la Bolivie, fait
unique sur le
continent. Mais aussi un manque à gagner
énorme avec
des mines fabuleuses (Chuquicamata, plus
grande mine a
ciel ouvert du monde, produisant près de la
moitié du
cuivre du Chili) qui sont restées au Chili
dans
l'Atacama.
Mais aussi...
En 1901, la Bolivie perd encore une grande
partie de
son territoire lors de la guerre de l'Acre
avec le
Brésil. A l'origine, une société
anglo-américaine
voulait contrôler l'exploitation du
caoutchouc. Puis,
lors de la guerre du Chaco (1932-1935)
l'opposant au
Paraguay, la Bolivie perd à nouveau 200.000
km2 pour
un pétrole qui n'existait pas. Là encore,
c'est le
résultat des manoeuvres de la Shell et de la
Standard
Oil...
Sans commentaire.
Le phénomène El Niño
Environ tous les cinq ans, on assiste à un
dérèglement
du système d´échange thermique du Pacifique.
La
température le long des côtes chiliennes et
péruviennes augmente de plusieurs degrés,
et le régime
des Alizés se trouve inversé. Les
conséquences pour
l´Amérique du Sud sont catastrophiques: une
grande
partie du riche plancton succombe à cette
hausse des
températures, entraînant la raréfaction de
toutes les
espèces aquatiques. Les pluies tombent en
abondance
sur des sols habitués à la sécheresse,
provoquant
toutes sortes de catastrophes.
Cette année, nous assistons à un
"petit" Niño, même si
les récentes inondations à Santiago ont
fait
plusieurs victimes et que nous avons eu de la
pluie
dans l´ Atacama et les cols andins bloqués
par la
neige.
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