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Panamá *

L'isthme à la joie

( 10 février-13 février 03 )

 


Nous voilà arrivés tout au bout de la guirlande des pays d´Amérique centrale. C´est ici que se termine notre séjour sur le continent américain proprement dit. Mais plus qu´un terminal, Panamá mérite l´appellation de centre des Amériques tant par sa position géographique que par son rôle commercial et sa personnalité cosmopolite.

On fête cette année le centenaire de Panamá, ce qui en fait un pays tout jeune et ne lasse pas d´étonner tant ce nom est enraciné dans notre mémoire collective. Avant 1903, le Panama n´était qu´une province de la Colombie. Les français venaient de se casser les dents sur la première version du Canal. La fièvre jaune et la malaria avaient exterminé quelque 20 000 ouvriers, principalement martiniquais et guadeloupéens, mais également métropolitains. Le scandale financier que l´on sait avait définitivement miné les derniers espoirs de rééditer le coup de Suez. Un des ingénieurs de Ferninand de Lesseps, Philippe Bunau-Varilla, reprit la concession, et se tourna vers les Etats-Unis qui cherchaient de leur côté à construire leur propre canal quelque part en Amérique centrale. Mais la Colombie refusa le transfert de la concession des français vers les américains. Ces derniers appuyèrent alors les mouvements nationalistes de la province et leur suggéra de faire sécession. Lorsque les colombiens envoyèrent leurs troupes pour briser la rébellion, la flotte américaine était déjà sur place et les colombiens n´eurent plus qu´à rentrer chez eux la queue basse. Les Etats-Unis se firent payer très cher cette "aide" à la création de la nation puisque le premier traité leur accordait la souveraineté sur la zone du canal ainsi qu´un droit de regard dans les affaires intérieures panaméennes.
Le canal fut inauguré en août 1914, au moment même où l´Europe entreprenait son suicide. Ce n´est qu´en 1999 que les américains rendirent la souveraineté sur toute la zone et évacuèrent leurs soldats.
Le Panamá hérita enfin de la gestion de son canal.

Entre temps, l´épisode Noriega (ex-agent de la CIA reconverti en dictateur...comme tant d´autres) avait défrayé la chronique et provoqué l´invasion du pays par une force expéditionnaire de 26000 hommes. On se souvient de l´épisode final, quand de la musique rock diffusée jour et nuit par des enceintes géantes en direction de l´ambassade du Vatican où s´était retranché Noriega, l´avait finalement fait "craquer". L´opération Juste Cause, si elle a débarassé le pays d´un dirigeant particulièrement cynique, a laissé ici un goût amer, notamment en raison des importantes destructions et des victimes - plus de 4000 - qu´elle a provoquées, principalement lors de bombardements peu chirurgicaux de quartier populaires . Plus largement, on s´interroge toujours sur la nécessité d´une intervention militaire de cette ampleur pour déloger un dictateur à bout de souffle et on n´oublie pas que ce sont bien les Etats-Unis qui avaient permis l´ascension de ce "vilain"-là.

Pour nous, ces quelques jours sont l´occasion de découvrir une ville sympathique, agréable et relativement opulente. Le genre de ville où on s´imaginerait bien être expatrié. Si l´économie est largement dollarisée et le niveau de vie élevé, nous avons la surprise de constater que les prix sont exceptionnellement bas, ce qui en regard du précédent pays traversé - le Costa Rica - nous laisse perplexes. Cette monnaie s´appelle le "Balbóa", mais est à ce point alignée sur le billet vert qu´on le lui substitue désormais.

La bière nationale est l’insipide "Atlas"; c´est le seul point vraiment négatif de ce sympathique pays dont le plus célèbre des footballeurs, Julio Cesar Dely Valdes, est un ancien du PSG.

La climatisation, est un fléau partagé par la plupart des pays chauds et développés. Elle représente un signe extérieur (ou plutôt intérieur) de richesse et comme telle, elle est toujours excessive. Difficile de conserver une structure moléculaire stable lorsque des différentiels de 15 degrés vous sont soumis chaque fois que vous pénétrez dans un restaurant ou un commerce. Nous cheminons donc constamment équipés de chaussettes, pantalons et polaires de secours enfouis dans un sac, car le froid peut vous surprendre à n´importe quel moment. Certaines grandes surfaces exagèrent tellement qu´on se met déjà à frissonner en passant à dix mètres de l´entrée.

Un coup d´oeil sur le Canal est bien entendu le clou de ce petit séjour. Le passage des écluses est particulièrement significatif de la prouesse technique quand on admire ces gigantesques porte-containers qui en quelques minutes se retrouvent surélevés de 26 m afin de se trouver au niveau du lac Gatún. C´est plus spectaculaire que le canal de l´Ourcq mais tout compte fait, le principe en est le même. Pour pouvoir passer, les gros navires s´acquittent d´un péage important 30000 Dollars en moyenne) mais qui leur évite un détour aventureux par le cap Horn. La zone du canal est actuellement en plein essor, et il est palpable que la capitale devient un important centre financier mondial aux gratte-ciel rutilants et aux cabriolets rugissants.

Nous quittons donc ce continent après neuf mois de vadrouille. La dernière étape - Cuba - fait figure de dernière cigarette avant d´affronter le spectre d´un retour qui pointe à cinq encâblures. La conscience de la fin est un mélange d´angoisse et d´appétits, de regrets mais aussi de nouveaux projets. Le curseur du périple commande l´intensité des émotions, mais leur donne aussi une coloration propre et une saveur chaque fois plus mûre, comme un beau fruit qu´on ne cesse jamais de croquer.

Hier, c´était un bouquet de phantasmes
Aujourd´hui, c´est un quotidien aux mille facettes
Un jour, ce voyage sera un souvenir: je le rendrai encore plus beau.

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