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Brésil : Nordeste *

Pernambouc - Rio Grande do Norte - Maranhão

( 25 sept-12 oct 02 )

 

 

Recife, Pernambouc


Alors que l’automne s’abat sur l’Europe, c’est le moment pour nous de prendre des vacances. En effet, nous abordons désormais, et normalement jusqu’au bout, les zones tropicales et équatoriales qui devraient reléguer définitivement la polaire au fond du sac.
Pour voyager en avion au Brésil, il ne faut pas avoir peur des phases de décollage/atterrissage. Pour aller de Porto Alegre à Recife, par exemple, l’avion effectue la bagatelle de sept sauts de puces (escales à São Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia, San Salvador, Aracaju, Maceió). Vous passerez la journée entière dans l’avion et mangerez sept fois, ce qui est sans doute le plus difficile. Mais au Brésil, l’avion ne risque pas d’être concurrencé par le train, désormais relégué au musée. Quant au bus, il est idéal sur des distances intermédiaires, mais il doit certainement exister des athlètes aux fesses bien dures ayant accompli le trajet Porto Alegre-Belem, environ 60 heures !

Boa Viagem est une immense plage urbaine qui relègue Copacabana au rang de bac à sable. Quasiment déserte en semaine, elle accueille footballeurs et volleyeurs sur l’un des rares espaces libres et ouverts de la métropole. Le week-end, toute la ville s’y donne rendez-vous. Certes, le culte du corps y est pratiqué avec ferveur, mais l’ambiance y est plutôt familiale et bon enfant et nous n’éprouvons pas trop de complexes par rapport à notre allure peu sensuelle et un bronzage agricole façonné par trois mois dans les Andes. Quand je me regarde dans la glace, je vois un homme qu’on aurait reconstitué à partir de plusieurs corps différents.

Le mythique bikini brésilien n’est nullement réservé aux femmes jeunes et jolies, mais peut être arboré sans gêne par toutes. Le plus étonnant, c’est que de la créature la plus disgracieuse peut se dégager une sensualité certaine, grâce justement à cette absence de complexe et il faut le dire, un art consommé du déhanchement. Les hommes roulent des mécaniques mais leur slip moulant et leurs incontestables biceps ne peuvent faire oublier la “barriga” (ventre) qui les précède souvent. Car le brésilien est constamment déchiré entre l’amour de son corps et celui de la vie, encore plus exubérante ici qu’ailleurs. Mais il ne faudrait pas non plus croire que la plage symbolise le Brésil. Ceux de l’intérieur n’y vont pas et se rafraîchissent dans les rivières quand il y en a. Et puis,ce n’est pas le rêve pour tout le monde et notamment pour ceux qui l’arpentent toute la journée pour y vendre boissons, brochettes, glaces, bibelots et crèmes solaires.

Campagne électorale

Difficile d’ignorer que le Brésil est en campagne électorale. Ces élections concernent tous les étages du pouvoir, sauf municipal, c’est-à-dire que le citoyen vote pour 6 candidats différents : député d’Etat, député fédéral, gouverneur d’Etat, 2 sénateurs et Président de la République fédérale. Pour s’y retrouver, chacun est caractérisé par un numéro. Le jour du vote, l’électeur doit arriver avec ses 6 numéros notés quelque part et les taper sur une petite machine qui rappelle un terminal de cartes bancaires, avec de plus grosses touches. Si le citoyen a bien pris la peine de noter les numéros de ses préférés, l’opération est simple, rapide et sécurisée. Si ce n’est pas le cas, je me demande comment il peut se débrouiller. En tous cas, le vote est obligatoire, sous peine d’amendes ou de se voir refuser l’accès à nombre d’emplois, et pas seulement dans l’administration. Cela n’empêche pas les brésiliens de tenir leurs politiques pour des bandits corrompus, et de faire preuve d´un profond pessimisme sur l’avenir de leur pays.
La majorité des gouverneurs sont notoirement impliqués dans de graves affaires de corruption et détournement de fonds, ce qui ne les empêche nullement de brailler qu’on les crucifie alors qu’ils devraient être béatifiés. Envers eux, la justice est d’une lenteur extrême, mais ceci n’est nullement un idiotisme. Ici comme ailleurs, les bandits sont régulierement réélus. Dans les états du Nordeste, la vie politique est empreinte d’un certain féodalisme, alors que dans le nord amazonien, on règle fréquemment par les armes les conflits de pouvoir. Malgré ce fatalisme, le battage médiatique est tout simplement ahurissant. Les rues sont littéralement recouvertes d’affiches et pas seulement sur les emplacements prévus à cet effet. Mais au moins elles pourront être décollées (alors que dans les Andes la publicité est peinte, cf. article Bolivie). Les voitures arborent autocollants et drapeaux et les “militants” déroulent banderoles et oriflammes. Les “militants” sont en fait des employés, généralement jeunes/étudiants, qui touchent un forfait de 200 reals pour jouer au convaincu pendant le mois de campagne. Aux heures de pointe, ils envahissent les carrefours et rues passantes et agitent leurs banderoles en dansant sur le tube de leur candidat-employeur. Car chacun possède son hymne, bien sûr une samba, que les radios et camions ambulants ressassent toute la journée. Nous avons même vu des avions promener des annonces électorales au-dessus de la plage de Boa Viagem. Les spots TV et radios sont incessants. Une chaîne cablée y est même entièrement dédiée. Fait nouveau pour nous, des “campagnes d’attaques” sont périodiquement entreprises. Elles visent bien souvent le PT et son candidat Lula, mais pas seulement. Ainsi, à la mi-septembre, Jose Serra (le “candidat des marchés”) a développé une campagne TV sur le thème “Lula n’a pas son bac et ne connaît aucune langue étrangère”. Echec total, puisque l’inculte a continué sa progression, créant un courant de sympathie au sein du peuple pas spécialement polyglotte. En revanche, le même Serra a réussi à faire passer son grand rival Cirro Gomes pour un gros macho et lui ravir la seconde place dans les sondages. Il a exploité la gaffe commise par ce dernier au cours d’une interview :
-Quel rôle jouera votre épouse (une actrice très populaire) dans votre gouvernerment ?
- Le rôle de ma femme sera de dormir avec moi.
Il faut dire que cela manquait de finesse...
Bref, une campagne politique se distingue peu d’une campagne pour du shampooing, avec cependant l’agressivité en plus. On reste tout de même surpris par la débauche de moyens mis en jeu. Comme si la politique était un business suffisamment lucratif pour qu’on y consente des investissements grandioses. Et dans ce domaine, bien sûr, personne n’a de leçon à donner !


Suit la prière de l´électeur, un document trouvé par Delphine dans une église, et traduit du portugais.
" Seigneur, illumine-nous à l´heure de voter. Ne laisse pas notre coeur se tromper avec des fausses promesses, fussent-elles bien formulées. Je prie votre esprit saint pour qu´il nous ouvre bien les yeux, de façon à ce que nous puissions choisir et travailler pour des candidats qui respectent les valeurs de l´évangile, comme le droit des pauvres, la vie pour tous, la vie en abondance.
Sainte Marie, aide-nous à élire ceux qui donnent des preuves d´amour pour les pauvres, sont honnêtes et transparents, serviteurs de la justice et de la paix. Ainsi nous pourrons contribuer à un Brésil meilleur et un monde marqué par la globalisation de la solidarité. Amen".

Mouvement Foi et Politique, archidiocèse de Mariana

 

Fernando de Noronha


Fernando de Noronha est un petit archipel d´une vingtaine d´îles, de 26 km2 en tout, situé à environ 300 km des côtes du Nordeste. Cet isolement géographique a préservé l´île de la colonisation massive et a protégé son extraordinaire faune marine. L´origine du nom de l´archipel est assez insolite. Peu après sa découverte au XVIème siècle, le bon roi Manuel décida de l´offrir à un de ses courtisans préférés, le fameux Fernando de Noronha. Ce dernier n´y mit jamais les pieds et finit par l´oublier tout à fait. Comme l´endroit se révéla une étape stratégique sur l´Atlantique, la Couronne finit par le récupérer ; mais le nom resta. On pourrait tout aussi bien la renommer “Christophe et Delphine” car nous au moins y avons séjourné plusieurs jours et y avons brillamment obtenu notre brevet de plongée. Incroyable expérience que cette incursion dans le monde subaquatique où l´on découvre que la tortue n´est plus cette chose poussive qui se traîne sur le sol, que la raie peut voler au-dessus des vagues, que le dauphin "rotador" exécute plusieurs vrilles avant de replonger dans l´eau, que le baracuda a perdu son appétit, que la murène peut être belle, le requin inoffensif, la langouste encore vivante.
Pour Delphine, qui la veille encore n´arrivait pas à se servir d´un tuba et pour moi qui ai longtemps cru que le poisson pané était un animal rectangulaire, un vieux rêve se réalisait. Du coup, la suite du voyage pourrait comporter des détours jusque là non prévus. Mais existe-t-il un plan qui ne puisse être chamboulé ?
En tous cas, on ne peut vraiment pas parler de symétrie dans l´exploit, car il nous fut plus facile de grimper au delà de 5000 mètres d´altitude que de plonger à 16 mètres de profondeur. Mais sous l´eau, chaque mètre se conquiert au prix d´efforts physiques et intellectuels importants... et au péril de sa vie.
Et pour clore ce chapitre d´auto-satisfaction, signalons que le portugais, sans être sa langue natale - en fait sans avoir jamais pris un seul cours ! - , est la langue dans laquelle Delphine a passé l´examen théorique (plus de 50 questions), parfois au prix de séquences mimées que M. Marceau n´aurait pas reniées.

1er octobre : une étoile de plus dans le ciel, paix à son âme.

 

Natal, Rio Grande do Norte

Cette région qui constitue la pointe orientale du Nordeste possède un littoral superbe constitué de gigantesques dunes façonnées par un vent constant et puissant. C´est le territoire des buggueiros, c´est-à-dire les chauffeurs de buggys. Rappelons qu´il s´agit de petites voitures décapotables à 4 roues motrices. J´en avais une, de la marque Majorette, mais jamais je ne me serais imaginé un jour au volant de ce bolide des sables. D´ailleurs, je n´ai tenu le volant qu´à l´arrêt, le temps d´une photo. Les buggueiros, en revanche, prennent plaisir à effrayer les touristes par d´audacieuses manoeuvres sur le fil des dunes. Autre activité à sensations, le ski-bunda. Bunda signifie le derrière, les fesses. Il s´agit simplement de s´asseoir sur un surf et dévaler ainsi la dune pour atterrir ou plus précisément amérir dans l´eau. Si le principe est un peu fade, la vitesse acquise sur le sable est impressionnante et la réception délicate. Enfin, l´aéro-bunda consiste à caler ses fesses - sa bunda - dans une nacelle suspendue à un filin. Avant de lâcher la nacelle, on lui imprime um mouvemant de yoyo. La descente d´environ deux cent mètres finit la bunda la première dans une lagune avec à la clef un véritable crash boursier.

8 octobre -Les élections semblent s´être déroulées de façon correcte, même si comme prévu, un nombre significatif de machines à voter étaient en panne au jour J. En raison de la multiplicité des élections simultanées, des files d´attente importantes étaient à signaler. Mais au moins les citoyens sont tranquilles pour un bon moment. J´ai moins bien compris pourquoi les opérations de “dépouillement” duraient plusieurs heures alors que le vote est intégralement électronique. Du coup, c´est vers minuit que les résultats ont débouché sur un second tour Lula-Serra, ce qui promet encore quelques semaines de bonheur électoral et sûrement quelques bonnes vannes. Dans l´Etat du Rio Grande do Norte, le scrutin de l´élection à l´assemblée locale mettait en jeu 30 places que se disputaient 200 candidats. Il est à noter que les deux derniers totalisaient 0 voix ! Et oui, non seulement ils n´ont pas d´ami, mais ils n´ont même pas voté pour eux-mêmes. Pour la postérité, je vous communique leurs noms : Carlos Romeu et Vinicio Soares. Quant à Rosivanja Pereira da Souza, son unique voix ne lui accorde pas moins un pourcentage de 0%.

Le Forró

Dans la Región, la mode est au " forró ". Pour bien se représenter cette nouvelle folie, en fait assez ancienne, il faut imaginer une bourrée auvergnate passée en 78 tours et exécutée par des mulâtresses à la bunda fortement galbée et mise en valeur par un déhanché lascif. Notez bien que mon propos n´a rien de péjoratif envers les jeunes filles de Saint Flour et du Puy, qui ondulent certainement à leur manière de façon délicieuse. Le "forró" se danse en couple, en collé-serré. L´orchestre de base est composé d´un accordéon et d´une batterie, avec un chanteur corpulent à chapeau rond. L´effet produit par ces couples bondissants sur la piste contraste étrangement avec le volume de ces mêmes couples à l´arrêt. C´est à croire que le mouvement imprimé à un corps – fut-il obèse - suffit parfois à lui rendre son attrait. Mais c´est une théorie connue et sur ce point, je me repète. Bien entendu, le gringo a besoin d´une bonne dose de caipirinha avant de s´aventurer dans la danse, avec ses gestes raides et ses coups de soleil. Si bien que comme dans le cas du tango à Buenos Aires, nous renoncerons à l´apprentissage de cet art manifestement hors de notre portée. L´origine du mot remonte au début du siècle, quand les fêtes organisées sur les sites d´exploitation amazoniens étaient ouvertes aussi bien aux locaux qu´aux ingénieurs et techniciens étrangers. “For all” devint "Forró", musique emblématique du Nord et du Nordeste.
En dehors de cette sympathique danse, le pays continue de produire chaque année des rythmes et des artistes plus originaux les uns que les autres. Si le rap et le hip-hop ont effectivement débarqué en force auprès de la jeunesse citadine, ils se sont trouvés assimilés, progressivement enrichis, et repeints aux couleurs locales. Cette richesse laisse peu de place à la grosse soupe hispano et anglo-saxonne qui pollue le reste du Continent. En écrivant ces lignes, je me creuse la tête pour trouver le souvenir d´une seule chanson anglaise entendue depuis ces cinq semaines. Mais non, je ne vois pas. Le seul moment musical vraiment délicat était la cassette de Richard Clayderman qui passait en boucle dans l´ascenseur du Manibu Palace de Recife. Et encore, nous pouvions prendre l´escalier…
Ce qui est sûr, c´est qu´une politique de quotas comme la nôtre est ici inutile. Le pays est d´ailleurs une exception culturelle à part entière, ne serait-ce que par sa langue.
Dans les artistes du moment, citons Ivete Sangalo (ex-Banda Eva) qui eut le privilège d´accompagner les champions du monde dans leur tournée triomphale à travers le pays. Adriana Calcanhota est très présente dans les restaurants où nous dînons. Marisa Monte est sur toutes les lèvres, alors que Daniela Mercury semble avoir pris un coup de vieux malgré quelques coups de bistouri.Les éternels tropicalistes n´en finissent pas de tourner, Fafá de Belém a donné son nom - ou plutôt celui de ses seins - à deux îlots de Fernando de Noronha et les exécrables Sandy et Junior ont entrepris une carrière internationale pour l´instant inefficace. A l´exception de ces derniers, les artistes que je viens de citer sont écoutables à la maison, quand nous aurons le plaisir de nous revoir. N´hésitez pas à les réclamer!
Et si vous croyez que " aquarela do Brasil ", "garota de Ipanema "et autres tubes archi-visités sont réservés aux seuls touristes, détrompez-vous! Tels les bons rugbymen qu´ils ne seront jamais, les brésiliens n´oublient jamais les fondamentaux et entonnent toujours ces rengaines avec enthousiasme et conviction, quoique le tube du moment soit plutôt l´hymne du Penta (leur 5ème victoire en coupe du monde) le très dansant “vai rolar a festa, vai rolar”
Dans un registre assez différent, Sheila Carvalho, la brune danseuse du fameux groupe E´ o tchan a été élue révélation de l´année dans la catégorie Bum-bum, qui pour mémoire est une autre manière de désigner la bunda (voir chapitre Natal). Mais pour certains observateurs, ce n´est nullement une révélation…

Quelques mots sur le football (nous avons reçu un abondant courier de lecteurs se plaignant du peu de place accordé à cet art). Ici comme en France, le championnat souffre d´un exode de ses meilleurs éléments; et le niveau s´en ressent. Les clubs les plus en vue cette saison sont de modestes formations qui ont parié sur une politique de formation et le travail de longue haleine (tiens, tiens…) comme Sao Caetano, Santos et Juventude.Les grands clubs de Rio sont à la peine, même si le presque quadragénaire Romario continue de planter des buts à condition que la balle lui arrive dans les pieds. Cette année il oeuvre au Fluminense, après s´être brouillé avec tous les autres clubs carioca. Il faut dire qu´il a la particularité de frapper ses coéquipiers. Tiens, aujourd´hui même le journal m´apprend qu´il a récidivé dans son nouveau club!
Le championnat est globalement dominé par les clubs du Sud et de Sao Paulo comme Corinthians, et Gremio. Comme vedettes de cette saison, il faut citer Kaka, malgré un début de saison poussif. Pauvre joueur, qui avec un nom pareil ne fera jamais carrière en Europe. Pour votre culture, sachez que caca se dit cocô, alors que coco se dit côco: il est important de ne pas confondre.
A propos du Penta (toujours leur cinquième titre, si la France avait gagné ils auraient parlé de “bi” sans pour autant porter atteinte à notre virilité), il a mis un peu de baume au coeur d´une population économiquement éprouvée. Ainsi, au moment de payer ses factures, de passer à la caisse du magasin, de découvrir dans les journaux la corruption des politiques et les faits divers les plus sordides, de constater que sa monnaie ne vaut plus rien face au dollar, et d´avaler quotidiennement sa portion de "feijão con arroz", le brésilien s´écrie “Je m´en fous pas mal, je suis penta campeão !”.

Exotisme

Si le Brésil représente pour nous le summum de l´exotisme, l´Europe, la France, et plus particulièrement Paris est la destination rêvée des brésiliens. Tout ce qui est français est “muito xique” (chíqui) et symbolise ce dont le Brésil - selon eux - manque le plus, à savoir l´histoire, la culture, et le raffinement. Ceux qui y sont allés chantent volontiers la gloire de la Ville Lumière, tout en reconnaissant avoir été surpris par certains aspects moins vantés, comme les crottes de chien, l´odeur âcre du métro, la rude amabilité des serveurs et des taxis, la froideur générale des parisiens et leur façon si particulière de se rendre compréhensibles et accessibles pour les étrangers. A cet égard, les deux pays se situent de part et d´autre du miroir. Le Brésil est obsédé par la propreté, les serveurs sont serviles, les gens chaleureux, et l´étranger y est admiré. Seule la question linguistique rappelle la France, car même avec les yeux de l´amour, difficile de voir les brésiliens polyglottes.
Cette admiration pour l´Europe se décline localement de façon assez cocasse. Certaines villes des régions Sud et Sud-est, récemment colonisées par allemands, hollandais ou finnois, ont reproduit et conservé jusqu´à l´intégrisme leur caractère d´origine. Il est donc devenu extrêmement "xique" pour les bourgeois paulistes et cariocas (de Sao Paulo et Rio de Janeiro) de passer le week-end dans ces villages-musées, souvent situés en altitude et offrant par conséquent le "friozinho" (petit froid) européen. Ce mois-ci, les agences promeuvent bruyamment les différentes Oktoberfesten qui ont opportunément éclos sur ce terreau germanique. Campos do Jordão, dans l´intérieur pauliste, est qualifié de Suisse brésilienne. C´est fou le nombre d´endroits qui se réclament la Suisse de quelque chose. Le Liban était celle de l' Orient, l´Uruguay celle de l´Amérique du Sud... comme si la Suisse pouvait faire rêver...

Mais l´Europe reste un rêve intellectuel et quelque peu aristocratique. Les jeunes, et notamment les plus diplômés d´entre eux ne jurent que par les Etats-Unis. Il est connu que des pays comme le Brésil, mais aussi l´Argentine, l´Inde, et la Russie, constituent pour les grandes entreprises américaines un vivier inépuisable de main d´oeuvre qualifiée et bon marché, notamment dans le secteur informatique.
Comme ailleurs en Amérique Latine, Miami constitue le grand pôle d´attraction de la jeunesse, l´antichambre des rêves de bien être et des phantasmes les plus divers. Les aînés objectent volontiers que ce sont là des rêves bien matérialistes pour cette jeunesse, mais peut-on réellement les blâmer alors que le pays qui les a formés n´est pas à même de leur proposer de travail? A moins qu´il ne faille cesser de former des cadres quand la fuite des cerveaux atteint de telles proportions, ce qui reviendrait à se considérer de facto comme um pays sous-développé? Choix ignoble et inenvisageable pour un peuple nourri aux idées positivistes d´Auguste Comte et au volontarisme de Jucelinho Kubichek.

Besoin d´Histoire

Sur la façade la Maison de la Culture de Recife, une affiche annonce fièrement “New York est née ici”. Tiens donc, mais c´est intéressant, voyons de plus près ce que cela signifie...
Le Nordeste fut un temps revendiqué par les hollandais, qui tentèrent plusieurs fois de s´implanter tout au long du XVIIe siècle. Au gré des conquêtes successives, une petite colonie hollandaise, et une autre juive, parvinrent à s´implanter durablement (on peut encore voir de nos jours les restes de la synagogue). Mais vint le jour où un gouvernement plus radical décida d´expulser tous ces gens. Et devinez ce qu´ils firent? Ils allèrent fonder New York!
En admettant que l´histoire soit vraie, on voit difficilement de quoi la municipalité peut bien s´enorgueillir. D´être la descendante d´une bande de soudards cruels, intolérants, intégristes et inhumains et d´avoir connu un destin infiniment moins glorieux que la métropole nord-américaine? Dans le même ordre d´idées, je me souviens de Charleville-Mézières, qui voue un véritable culte à l´enfant du pays Arthur Rimbaud alors que le poète ne s´est jamais lassé de chanter son mépris pour cette terre. Comble du ridicule, le petit village natal d´Yves Montand en Italie a un jour proposé de le faire citoyen d´honneur, quelques décennies après avoir chassé sa famille pour le simple fait d´être juif.
Tous les patelins du monde se cherchent une histoire, une tradition, comme si ces éléments justifiaient et prouvaient leur existence réelle. Au nouveau monde, cette tendance est maladive. Récemment, la découverte d´un fossile de crustacé vieux de 100 millions d´années comportant des traces d´appareil génital a fait titrer "la Folha de São Paulo": "le pénis le plus vieux du monde est brésilien". Est-il si difficile d´envisager une perennité pour des entités sans passé ?

 

São Luis do Maranhão


Le Louis en question est Louis XIII de France pour commémorer le fait que cette ville fut fondée par les français en 1615 avant d´être conquise quelques années après par une puissante flotte portugaise. Pour ceux qui ont lu “Rouge Brésil”, de Ruffin, l´aventure du Maragnon fut nettement plus solide et durable que la pitoyable aventure de la France antarctique de Rio de Janeiro. Ici les français, grâce à leurs alliances avec les Tupinamba, parvinrent longtemps à tenir à distance lusitaniens et hollandais. Mais lorsque les ibériques décidèrent d´en finir avec cette verrue française dans leur empire, notre Mère Patrie abandonna ses colons à leur sort peu enviable. En effet, les portugais de l´époque n´étaient pas les débonnaires artisans moustachus que nous connaissons aujourd´hui mais d´impitoyables marins qui n´hésitaient pas à amputer les membres de leurs prisonniers.
De la présence française, demeurent une poignée de bâtiments et surtout un argument touristique. Le centre historique est en revanche une merveille d´architecture coloniale portugaise aux infinies variantes aux tons pastels. La ville est également réputée pour être la Jamaïque brésilienne pour son reggae métissé et ses jolies mulâtresses.

La proximité de l´équateur commence à se faire sentir : même sur une île – car São Luis en est une – la chaleur n´est plus vraiment compensée par la brise marine et le touriste transpire en “profitant” des heures où le soleil est vertical pour photographier les ruelles de la vieille ville. A cette heure, le "maranhense" a déjà posé marteau et pinceau pour se lancer dans la contemplation de l´ombre et de la marée basse. Sous le soleil énorme, les murs de São Luis exhalent leurs couleurs unies, les azulejos se confondent dans la vibration de l´air, et au bout du tobogan des rues, il y a toujours un palmier pour ponctuer l´horizon. Au milieu du dialogue intense entre couleurs et lumière, un vieux rajuste son chapeau en me lançant un imperceptible clin d´oeil. Laissons-donc courir le soleil dans un intervalle de jus de mangue, de cajou et de fruit de la passion ! La serveuse répond avec une infinie sérénité. Ici, on joue avec le bout des doigts sur la table et c´est déjà de la musique. Le reggae est là, porté par l´onde tropicale et arrimé par ceux qui regardent vers le haut. Je me cale dans le fauteuil, l´osier craque. Le cou se détend. Et le ciel se révèle dans un après-midi qui ne veut pas mourir.

Bulletin de santé

De nombreuses lettres nous sont parvenues ces derniers jours pour réclamer des nouvelles de la mouche. Oui, celle-là même qui avait pondu dans la tête de Delphine. Plus d´un mois après l´épisode de la clinique de Puerto Iguazu (cf. Le pays gaucho), le sujet reste d´une activité brûlante puisque le week-end dernier fut marqué par l´extraction de deux nouvelles larves, certainement rejetonnes de l´ancêtre argentine. Si Iguazu fut une boucherie, Natal fut um carnage (3 points de suture) totalement inefficace, puisque l´artiste du scalpel ne trouva pas, en une heure et demie de charcuterie, l´animal (o bixinho) qui le matin même me narguait entre les cheveux de mon épouse. Il ne fallut en revanche que dix minutes au docteur Felipe Henrique de l´Hôpital de São Luis (le septième à intervenir sur ce cas !) pour extraire un monstrosaure de 1,5 cm de long sur 4 mm de large. Il faut dire qu´il évoluait sous le regard enchanté de Lidiane, l´infirmière mulâtresse aux yeux verts et à la jupe blanche particulièrement moulante. Je n´ai pas osé prendre la photo de l´opération, mais je vous demande d´imaginer la scène de ce praticien culturiste et imperturbable sauvant la vie de la jeune femme allongée sur le billard (Delphine) et caressé par les émeraudes de Lidiane, qui – à mon avis – n´allait pas tarder à finir allongée, elle aussi. Cet acte de bravoure ne signifie nullement que l´épopée de la mouche a pris fin dans le Maranhão. Des larves minuscules peuvent avoir survécu à l´hécatombe. C´est l´avenir qui nous le dira. Mais une chose au moins reste sans explication : depuis le début de cette aventure de mouche, Delphine s´est mise à zozoter...