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Mexique *

Mexico DF-Oaxaca -Chiapas-Yucatan

( 6 nov-3déc 02 )

 

 



Passer directement de Caracas à Mexico peut paraître illogique pour des voyageurs poussifs et disposant de temps. Ce qu´il faut savoir, c´est que le seul lien terrestre de l´Amérique du Sud vers l´Amérique Centrale passe par la Colombie, et que nous avons choisi d´éviter ce pays car nous avons peurd´y finir notre carrière de touristes sur un couac, ou un couic. Et puis à Mexico DF nous attendent nos soeurs.

Mexico Distrito Federal (c´est-à-dire Mexico)

On a beau savoir qu´on est dans la plus grande ville du monde, on a un peu de mal à y croire. La sismisité capricieuse de la région a privilégié les constructions basses et relativement espacées, ce qui évite le côté oppressant qu´on peut éprouver dans une mégalopole équivalente, Sao Paulo par exemple. Pourtant les mensurations de Mexico sont à peine concevables :60 km de long, 40 de large, à 2.000 mètres d´altitude dans une cuvette hermétiquement close par une ceinture de montagnes. Dans ce chaudron évoluent 20 à 30 millions d´habitants, 200 à 300 fois Pau, pourtant préfecture des Pyrénées-Atlantiques. La croissance de l´agglomération serait de 8.000 personnes par jour, soit un Pau toutes les deux semaines. Pour chasser le nuage toxique qui recouvre la ville en permanence, les solutions les plus folles ont été imaginées : dynamiter la montagne pour y créer une brèche, envoyer périodiquement des flotilles d´hélicoptères ; et jusqu ´à construire des ionisateurs géants afin de créer des courants d´air artificiels au dessus de la métropole.La circulation est bien entendu un cauchemar et respecter le code de la route peut sembler une gageure. Pour combattre la corruption de la police, concernant les infractions, seules les femmes sont désormais autorisées à verbaliser. Ce n´est pas qu´elles soient plus honnêtes, mais on a considéré qu´elles ne sont généralement pas le seul soutien de famille et qu´elles sont donc moins tentées d´arrondir leurs fins de mois misérables. Peut-être les édiles se sont-ils inspirés des admirables pervenches françaises dont la réputation d´incorruptibilité affable a depuis longtemps franchi les frontières.

Taxco

Cette superbe ville coloniale se distingue par son orfèvrerie et ses punaises. Chaque maison est une bijouterie en puissance, ce qui constitue un véritable supplice pour tel homme accompagné de quatre femmes. Les punaises ("jumiles") se mangent grillées dans des tortillas mais peuvent également se déguster vivantes. Délicieux !

Oaxaca

Plus au sud, cette région s´enorgueillit de ses « chapulines » que l´on peut désigner par le terme « sauterelles ». C´est avec du "guacamole" qu´elles révèlent toute leur saveur. Même si quelques pattes ou antennes se coincent fréquemment entre les dents ou dans la paroi nasale si par malheur vous êtes pris d´éternuements.
Voilà qui m´amène à un autre sujet d´étonnement : le froid. Adepte des westerns spaghetti, je n´imaginais pas le pays autrement qu´un désert écrasé de soleil dont la seule ombre émanait de cactus faméliques. L´autochtone en costume blanc et pieds nus arborait un interminable "sombrero" duquel ne dépassaient que les pointes d´une noire moustache. En réalité, la polaire est plus utile que le marcel car l´hiver existe bel et bien sous les tropiques, et notamment au-dessus de 2000 m d´altitude.
On pourra trouver idiote ma dernière phrase mais je demande l´indulgence et me refuse de l´effacer malgré les quolibets. Depuis le départ d´Argentine -au climat tempéré et aux quatre saisons- nous n´avons parcouru que des pays où la notion de saison est fluctuante. Ainsi, l´hiver est la saison où il fait beau dans les Andes. L´automne est réputé idéal au Brésil, et le Vénézuéla distingue ses saisons en fonction de l´abondance et de la voracité des "puri-puri", ces fameuses bestioles qui laissent des trous dans les chevilles. Alors que le ciel nous tombait sur la tête dans la jungle amazonienne, notre guide nous assurait que ce déluge était caractéristique de la saison sèche... Bref, une fois passé l´équateur, nous revoilà en hiver - que nous le voulions ou non- à l´instar des parents et amis demeurés auprès de l âtre dans les recoins de notre douce France.

Pour en revenir à la gastronomie, une chose saute aux yeux : les menus sont extraordinairement complexifiés par l´abondance de termes techniques. Dans les tex-mex parisiens, cela est un gage de sérieux. Où serait l´exotisme si vous saviez à l´avance ce que vous allez manger ? Grâce au dictionnaire de la gastronomie mexicaine, judicieusement importé de France par Catherine A., nous mettons à jour les pièges du langage et ne laissons pas les "antojitos, tacos, enchiladas. fajitas, tortillas, sincronizadas, enfrijoladas, quesadillas et autres burritos" nous surprendre. D´autant que malgré l´abondance des termes, on a un peu l´impression de toujours manger la même chose. Avocats, poulets et piments sont déclinés à qui mieux-mieux, mais il s´agit bien toujours d´eux. Sans une discipline rigoureuse, un tel régime conduit à des sorties de route gastriques qui ont inspiré récemment la création d´un site internet dédié au voyage. Je nourrissais quelques espoirs à propos du vin de basse-Californie qu´avaient vanté des optimistes. Mais au pays du mezcal, la bière claire avec le citron vert règne sans partage sur les soifs et les esprits.

Le Mexique, c´est aussi pour le touriste une interminable série de sites historiques et autres vestiges de ses brillantes civilisations précolombiennes (c´est-à-dire antérieures à Christophe Colomb). C´est la terre des Aztèques, terme sous lequel on englobe toute une série de civilisations qui ne le sont pas, comme on le fait avec les Incas au Pérou. En effet, les Aztèques ne connurent qu´un bref et tardif apogée, stoppé net par l´invasion des barbus espagnols de la bande à Cortés. A ce propos, on peut être stupéfait par l´audace des espagnols de l´époque et à la fois dégoûté par le fait que cette débauche de courage et d´effort n´ait qu´un objectif unique : l´enrichissement. Quant au zèle missionaire des sujets d´Isabelle la catholique, on peut sans problème l´assimiler au fanatisme et à l´intégrisme que l´on rencontre aujourd´hui dans certains pays défavorisés par l´histoire.

Le site le plus important de la région de Mexico est Teotihuacán, qui possède la troisième plus haute pyramide du monde et très peu de parties ombragées. Des sectes d´illuminés américains viennent y puiser leur lot d´énergie cosmique et allument d´imposants calumets de la paix en récitant quelques soutras appropriés. Mais les sites les plus romantiques sont incontestablement les îlots de pierre émergeant des jungles du Chiapas et du Yucatan, d´influence maya, antérieures de plusieurs siècles aux réalisations aztèques et déjà à l´état de ruine à l´arrivée des ibériques : Bonanpak, Palenque, Chichen-Itza, Tulum, Yakchilan et autre Monte Alban, quoique ce dernier soit l´oeuvre des Zapotèques chers au Capitaine Haddock. Il est incroyable de voir à quel point ces sites peuvent attirer le tourisme de masse qui trouve dans le voyage organisé sa forme la plus aboutie, et aussi la plus bovine. Nous sommes hors saison, mais la pression touristique reste forte et de plus en plus pénible au fur et à mesure que l´on se rapproche du Yucatan. Cette dernière région est pour les optimistes une Côte d´azur tropicale, et pour les autres une annexe des Etats-Unis. Or, le Mexique EST une annexe des Etats-Unis, ou plutôt leur arrière-cour. Depuis l´entrée en vigueur de l´ALENA (Accord de Libre Echange d´Amérique du Nord, une espèce de CEE de l´Amérique du Nord, mais sans les subventions aux pays les moins développés), les entreprises américaines délocalisent leus activités manufacturières de l´autre côté du Rio Bravo, où la main d´oeuvre est beaucoup moins chère et exigeante, et où la souplesse de la législation ferait rougir Nadia Comaneci. Cette activité permet au Mexique de Vicente Fox d´afficher des taux de croissance et autres statistiques qui cachent difficilement le fossé croissant entre riches et pauvres et ne mentionnent pas que l´économie est entièrement tombée aux mains des multinationales étrangères. Comme partout en Amérique Latine, l´« ouverture de l´économie » s´est soldée par la vente de la plupart des entreprises d´Etat, une braderie amèrement ressentie par ce peuple fier qui nourrit envers son encombrant voisin du nord une relation complexe faite d´attirance et d´amertume. On se souvient moins que la France de Napoléon III avait envahi et soumis le Mexique qui refusait de payer sa dette extérieure. L´aventure n´avait duré que quelques années, mais a donné naissance au mythe légionnaire de Camerone, petit village où nos braves pioupious s´étaient fait héroïquement massacrer par les partisans mexicains. Mais globalement la France n´a guère laissé ici que le terme « mariachi » du français mariage, car ces musiciens intervenaient généralement durant les cérémonies nuptiales. Mais rares sont les mexicains qui s´en souviennent, préférant se plaindre des authentiques gringos, ceux des Etats-Unis. Le terme vient d´une chanson que fredonnaient les soldats yankees durant la guerre américano-mexicaine de 1860 : "greengrows the grass" devint" gringo the grass" pour finalement désigner de façon péjorative l´occidental blanc dans toute l´Amérique latine.

Marcos

Le 1er janvier 1994, jour de l´entrée en vigueur de l´ALENA, des commandos de guerilleros masqués prenaient le contrôle d´une dizaine de villes du Chiapas, dont San Cristobal de Las Casas, au nom de l´EZLN, armée zapatiste de libération nationale. Leurs revendications portaient principalement sur la reconnaissance des droits des indigènes à l´intérieur de la société mexicaine. En effet, si le pays est prompt à s´enorgueillir de ses civilisations précolombiennes, il semble considérer que leurs descendants appartiennent désormais au passé au point de les traiter en citoyens de seconde zone. Les spoliations de terre ont en effet repoussé ces peuples d´agriculteurs sur les terrains les plus rudes et infertiles du territoire les confinant dans une misère et un soulèvement profond. La révolution mexicaine du début du siècle avait esquissé des promesses de réforme agraire et un plus grand souci d´équité sous l´impulsion du désormais mythique Emiliano Zapata. Mais après plus de 70 ans de pouvoir absolu du PRI (Parti Révolutionaire Institutionnel), les problèmes récurrents de partage des richesses se trouvent encore aggravés par une corruption endémique. Le premier problème est donc celui de la terre. Mais la santé, l´éducation, la culture, la justice, entre autres, font partie des chevaux de bataille de l´EZLN.
Après cette première action d´éclat, l´Etat mexicain a réagi en envoyant une centaine de milliers de soldats dans la zone, accentuant une répression déjà chronique contre les indigènes. Dans ce rapport de force de 1 à 100, la survie du mouvement passa par la médiatisation et l´extension du débat sur le plan national et international. Grâce au talent de Marcos, plus personne n´ignore où se trouve le Chiapas, ce qui est un comble puisque les mexicains eux-mêmes avaient fini par l´oublier. Depuis le début du conflit, des dizaines de volontaires observateurs internationaux se relaient en permanence dans la zone afin de dissuader l´armée de procéder au carnage redouté. Difficile, même pour les criminels du PRI -un des derniers présidents est tombé pour trafic de drogue et assassinat- de risquer le bain de sang devant les caméras du monde entier. Pourtant, les bandes armées para-militaires à la solde de ce parti continuent de s´en donner à coeur-joie en toute impunité. Afin d´intimider les communautés soupconnées de sympathie zapatiste, ils recourent fréquemment au meurtre, comme dans le petit village d´Acteal, où le 22 décembre 1997, ils massacrèrent 45 femmes et enfants réfugiés dans une chapelle. La chute du PRI et l´arrivée au pouvoir de Vicente Fox sembla marquer une amorce de dialogue entre gouvernement et insurgés. Mais, malgré la marche zapatiste sur Mexico DF et les pourparlers qui en ont découlé, il est manifeste que FOX joue l´épuisement du conflit sans jamais attaquer de front des rebelles devenus extrêmement populaires. Du coup, l´EZLN se retrouve dans une position inconfortable car quelque peu désarmée par l´aisance médiatique de l´actuel président, ancien Président de Coca-cola Mexique. Marcos cherche à élever le débat au niveau idéologique en montrant que le néo-libéralisme mène inexorablement à la paupérisation de la majorité de la population mexicaine et mondiale, mais il lui est plus difficile de proposer des alternatives. En effet, contrairement au Guevarisme auquel on le compare souvent, le zapatisme n´a pas pour objectif l´exercice du pouvoir et ne peut être qualifié de révolutionnaire. Il se veut force de proposition et éveil des consciences. Cette position en retrait de l´exécutif, si elle permet un large consensus autour des revendications de base, peut finir par se retourner contre ses auteurs au nom du pragmatisme et du besoin d´action. « Marcos critique beaucoup, mais ne fait rien » : voilà le genre de réputation qui guette le dirigeant insurgé. Il est vrai qu´à ce rythme, pourquoi ne pas rapprocher les figures spirituelles de Marcos et du pape dans le rôle de la puissance spirituelle que chaque gouvernant tolère car elle plaît au peuple, mais dont on se garde bien de suivre les recommandations. Il ne faut d´ailleurs pas voir ces figures comme nécessairement antagonistes, du moins dans le contexte sud-américain. L´Eglise, sous l´égide de Mgr Ruis, évêque de San Cristobal, adopte localement une attitude en rupture avec la doctrine de soumission généralement préconisée par la hiérarchie. Tolérée dans le Chiapas, cette "théologie de la libération" qui appuie les revendications indigènes a pourtant été noyée dans le sang dans les autres pays du continent et notamment au Salvador et Guatemala. Nous aurons l´occasion d´y revenir.

 

Yucatan

En descendant des hauts plateaux boisés du Chiapas, on pénètre sur cette vaste péninsule qui semble avancer dans la mer des Caraibes. Les vestiges mayas y abondent, les plages exhibent un blanc éclatant, les eaux un vert émeraude, et les touristes le rouge des coups de soleil. La côte orientale, de Cancun à Tulum est à la fois le paradis et l´enfer des touristes. Si tout y est pensé pour le visiteur, on peut toutefois oublier complètement dans quel pays on se trouve. L´architecture est indéfinissable, la cuisine internationale, la musique américaine, et même les mexicains semblent renoncer à parler leur propre langue. Je ne sais pas si on peut s´y relaxer, mais certainement s´y amuser. D´immenses paquebots déversent la nuit venue leurs hordes de touristes anglo-saxons à la grande joie des « artisans » locaux et des restaurateurs, italiens pour la plupart.
Dans ces sites de tourisme de masse, la mode veut que l´on achète des souvenirs où figure le nom du lieu visité. On peut voir la signature Playa del Carmen figurer sur une gamme impressionnante d´articles allant du traditionnel cendrier à la poupée en peluche, en passant par les vêtements, les bagages, les utensiles de cuisine, les bijoux, etc... Les T- shirts donnent lieu à un véritable déchaînement de créativité. Outre les traditionnels traits d´esprit liés à la tequila et à la bière Corona, on découvre certains slogans plus surprenants, dont on se demande le rapport avec la signature « Playa del Carmen », « Cancun » ou « Isla Mujeres ». Exemples vus et traduits de l´anglais : « Mon ventre n´est pas plein de bière, c´est du carburant pour ma sex-machine- Playa del Carmen, « Embrasse mon derrière " Isla Mujeres ", jusqu´au grandiose « Je suis timide, mais j´ai une grosse b...- Playa del Carmen ». Le plus inquiétant est que cela se vend plutôt bien, et il ne faut pas penser que les yankees détiennent l´exclusivité du ridicule puisque nous avons aperçu un couple de bons francais achetant une peluche de crapaud, estampillée Playa del Carmen, qui émettait des coassements enregistrés lorsqu´on lui appuyait sur le ventre.

Despedida (3 décembre)

Les soeurs rentrent à Cancun puis en France avec un sacré bourdon, communicatif, mais aussi la satisfaction d´avoir bien rempli ces trois semaines sous le soleil - parcimonieux- du Mexique. C´est pour nous le moment d´entamer un nouveau volet de cette aventure, et d´enfiler une à une les perles de l´Amérique centrale dans un parcours qui devrait nous mener dès demain au Bélize, puis au Guatemala où nous passerons sans doute les fêtes, au Honduras, au Nicaragua, au Costa Rica, puis au Panama où nous ferons du stop sur le canal pour nous emmener ailleurs, dans quelque pays merveilleux, plein de lumière...

 

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