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Pérou *

de Lima à Huaraz (12-15 juillet 02)

 


Lima

La coiffure semble donc constituer l' unique attrait de la capitale péruvienne. Bien sûr, les guides n' en parlent pas, préférant mettre en avant le musée de l'or qui rassemble pêle-mêle les principaux trésors incas, mais aussi de passionnantes collections d' étriers. Deux statues de cire attirent particulièrement l' attention: l'une de Franco - avec dédicace amicale - et l'autre de Pinochet, avec cette savoureuse légende: “assuma la responsabilité de la conduite du pays durant les difficiles événements de 1973”. Delphine ne put s' empêcher de décorer l'oeuvre d'art d'un discret mais efficace crachat.
> A Lima vit - ou plutôt survit - la moitié de la population péruvienne. Il n'y fait jamais beau mais il n'y pleut jamais. Une épaisse brume côtière recouvre d'humidité et fait pleurer les murs, les vitres, et les visages. Je retrouve l'ambiance de la Ville et les chiens de Vargas Llosa, avec sa désespérance et son matérialisme passif. On raconte qu'un entrepreneur étranger originaire de Zurcí a fait installer dans son jardín un dispositif visant à simuler les orages. Ainsi, il offre à ses convives à l'heure de l'apéritif une séance de déchaînement des éléments, avec sono à fond pour le tonnerre et guirlandes pour les éclairs.
> Pourquoi diable avoir construit la capitale à cet endroit? On dit que c'est un indien qui aurait suggéré l'emplacement à Pizarro, comme par vengeance. C'est donc une des rares grandes villes du Pérou à ne pas avoir été édifiée sur les restes de sites incas.

A ce propos, il convient de remettre ces incas à leur place. Il ne faudrait pas croire que le fabuleux héritage culturel précolombien leur est dû. Loin de là! Au moment de la conquête, les Incas régnaient il est vrai sur un immense empire qui allait de l'actuel Equateur à une ligne passant par Santiago et Mendoza. Mais leur apogée datait de quelques décennies à peine, et trahissait une domination inégale des territoires ainsi que de profondes divisions internes. C'est d'ailleurs sur ces leviers que joueront astucieusement les peu nombreux mais rusés espagnols. Ainsi, le remarquable réseau routier, les palais, la joaillerie, le textile, la poterie, sont une superposition de plusieurs civilisations millénaires aux noms évocateurs: Moches, Chimous, et autres Tiwanaku. En revanche, les Incas pratiquaient à l'extrême l'art de la centralisation et l'administration de l'Etat intervenait jusque dans les aspects les plus intimes de la vie . Le plus intéressant, sans doute, était l'absence de commerce au sens occidental du terme, c'est-à-dire de la vente avec intérêt (nous savons cela grâce à de prestigieuses études). L'économie était fondée sur l'échange, selon des règles de conversión établies par l'Etat. Chacun recevait selon ses besoins et son rang dans la hiérarchie. Absence d'argent donc, mais aussi de profit, et donc d'enrichissement personnel puisque toute production de biens était répartie entre l'Inca et le Soleil, c'est-à-dire entre l'état et le clergé. Il faut préciser que la notion de liberté individuelle était, elle aussi, absente de ce système. Les Incas étaient issus de la région de Cuzco, dont nous parlerons plus en détails le mois prochain, et que leur langue, le Quechua, est encore pratiquée dans la plupart des régions des Andes, à l'exception de la zone du Titicaca, qui est Aymara. Pour ceux qui seraient tentés de se mettre au Quechua, avertissons-les que les gens ne se comprennent pas d'une vallée à l autre. C'est comme si un américain préparait son voyage en France en apprenant le patois béarnais... Le soleil se dit Inti, la Terre Pacha, le lac cocha, la plaine bamba, et la pomme de terre papa, alors que papa se dit tata.


Huaraz

> La région de Huaraz est constituée d'une magnifique vallée verdoyante serpentant entre les cordillères blanche, noire, et Huayhuash. C'est ici que l'on trouve les plus hauts et prestigieux sommets du Pérou. C'est ici que les andinistes, trekkeurs, et aventuriers du monde entier se retrouvent afin de se mesurer aux Huascaran, Alpamayo, Santa Cruz, et autre Yerupaja. Cette région a connu en 1970, le 30 mai, un véritable cataclysme sismique qui a coûté la vie à environ 80 000 personnes. Martyre entre toutes, la ville de Yungay a été entièrement recouverte par un torrent de neige et de boue provoqué par l'effondrement d'une partie de l'immense masse du Huascaran. Mais le plus grave est sans doute que toute les villes ont été reconstruites aux mêmes emplacements, et qu'une nouvelle catastrophe semble inéluctable.
>Mais cette région est aussi le pays de Jean-Paul Glassey, que nous avions connu lors du trek de l'Or en 2000 en Bolivie. Voilà 15 ans, ce personnage haut en couleurs a claqué la porte de son chalet suisse pour parcourir l'Amérique dans tous les sens. Il constitue aujourd hui la référence absolue en matière de tourisme, d'aventure et de bonnes histoires. Nous passerons quelques jours délicieux dans son petit paradis bordé par les cordillères, à profiter de son jardin aux colibris, de la cuisine raffinée de son épouse, et de son pisco.

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