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Guatemala *

De Flores à Antigua

( 9 déc - 21 déc 02 )

 

 

Impressions

 

Flores est la capitale de la province de Petén, une vaste jungle cernée par le Mexique à l´ouest et au nord, le Bélize à l´ouest et le Honduras au sud-est. La ville de Flores proprement dite n´est qu´une bourgade de 2000 habitants nichée sur une île du lac Petén: c´est le cadre rêvé pour se remettre des fatigues de la plongée bélizéenne. Mais oui, je vous assure, la plongée est un loisir épuisant!
Cette région est avant tout connue pour la zone archéologique de Tikal, considérée comme le plus beau de tous les sites mayas. Nous abordons ce nouveau pays avec la volonté d´en faire un "gros morceau" de notre voyage, comme ont pu l´être l´Argentine, le Brésil et le Pérou. Il possède en tout cas une réputation touristique qui a tout pour nous plaire: un mélange de nature et de culture, sans oublier bien sûr... la nourriture.

Flores déploie pour moi seul une arme maîtresse: de merveilleuses fenêtres, portes et façades peintes qui sont devenues depuis quelques mois un objet d´extase et d´ expérimentation photographique. Celles d´Olinda et de São Luis, puis celles d´Oaxaca et du Chiapas avaient révélé cette étrange tendance de mon oeil à être attiré par les ouvertures et les extérieurs. Telle psychothérapeute aurait fort à dire sur cette monomanie. J´aime cet horizon de linteaux, coloré et opaque, qui laisse parfois deviner ce que la pierre a de plus intime. Flores est peinte de demi-couleurs, ce qui lui donne cette personnalité mystérieuse. Le vert y domine, puis le rose et l´ocre. Si la roche est immobile, la couleur, elle, évolue au gré des caprices du jour. Hésitante le matin, intransigeante le midi, elle révèle toute sa douceur au crépuscule.
Je me pose alors la question cruciale de savoir s´il existe un lien entre ce goût très sûr, cette sagesse plastique, cette harmonie chromatique, et le tempérament des habitants. Il y a forcément un échange.
Comme on gravit le "calejon" jusqu´à la "plaza principal", on se surprend à ralentir le pas, comme pour faire durer ce voyage au coeur de la cité. L´oeil, affolé par le jeu subtil des dissymétries, reprend peu à peu son rythme de balancier et lèche tour à tour les façades côté droit, et côté gauche. En haut des marches, les vieux n´ont pas bougé depuis des siècles, les gamins jouent sans se presser, même le regard des filles se détourne comme à regret. Oui, les murs solaires de cette ville sont bien des facettes de son âme. Et moi, dans ce puzzle pastel, je poursuis ma route d´un pas léger en laissant traîner les ongles sur l´écorce des murs.

Tikal est sans doute le site maya le plus apprécié des visiteurs récidivistes et autres intégristes de la ruine. Outre des dizaines de temples, pyramides et stèles, Tikal propose une ambiance à part. La jungle, où il est enfoui, grouille d´une faune merveilleuse et peu farouche. Inénarrable toucan au bec démesuré, singe araignée dont la procession tapageuse emplit de confusion la voûte sylvestre, chevreuils effarouchés, putois en confiance, renards furtifs et coatis espiègles peuplent les intervalles végétaux de cet immense cimetière de la splendeur maya. Tikal est le couronnement de nos "études" maya, en ce sens que nous sommes désormais supposés mieux comprendre cette civilisation fascinante et très mystérieuse (voir aussi la section "Repères"). En effet, après la brochette de sites mexicains, les litanies de commentaires dans toutes les langues, les musées, et même un épais ouvrage ingurgité avec peine, notre approche est désormais plus fouillée, et c´est le cas de le dire. Mais elle est aussi plus angoissée car chaque réponse amène de nouvelles questions. Ce qui est certain, c´est que les Mayas, comme les Incas ou les Egyptiens font preuve dans leurs réalisations et dans le choix de leurs sites d´un goût divin. C´est à croire qu´ils construisaient des cités avec l´arrière-pensée qu´elles devinsent un jour de sublimes ruines.
Alors, il nous arrive de poser les livres pour nous laisser envoûter par l'harmonie de la pierre, de la feuille et de la terre. A moins que les toucans ne puissent à leur manière nous raconter toute l'histoire...

Rio Dulce se trouve à mi-chemin entre Flores et Ciudad de Guatemala. C´est une ville sans autre intérêt que de permettre de s´embarquer sur la rivière du même nom, qui après avoir serpenté entre des gorges de jungle, débouche dans la mer Caraïbe au niveau de la surprenante localité de Livingston. Les habitants de cette région se nomment les "Garifunas". Descendants de peuples d´Afrique de l´ouest, ils ont tout d´abord peuplé l´île de Saint Vincent avant d´être déportés à nouveau par les Britanniques sur Roatan (actuel Honduras) d´où ils se sont disséminés pour venir fonder de petites communautés sur le continent: On en trouve principalement au sud du Bélize, à Livingston au Honduras, mais aussi au Nicaragua. Leur culture n´est pas à confondre avec celle des créoles des Caraïbes même si des échanges ont pu avoir lieu. Leur langue est un mélange de Ioruba,d´indien Yucatèque, avec des emprunts européens et non pas simplement la déformation d´une langue existante. Cette identité donne à Livingston un caractère unique à la fois africain, maya, et caraïbe.

Quelques heures plus au sud, Antigua, de son nom complet Ciudad Antigua de Guatemela est l´ancienne capitale. Après une incroyable série de catastrophes sismiques au cours du XVIIIème siècle, on a transféré le centre nerveux du pays sur l´actuel site de Guatemala (Ciudad, ou City pour les branchés). Cette dernière, dans laquelle nous avons eu le courage de passer une journée, est un capharnaüm horrible et dangereux qui ferait fuir les rats de villes les plus endurcis. Antigua en est l´antithèse. Comme une courtisane de harem, elle passe son temps à cultiver sa beauté... et à dormir. Mais quelle splendeur pour les yeux avides d´architecture coloniale, ainsi que pour les palais. Je parle ici des palais qui encapsulent les langues, lesquelles recueillent les saveurs de la cuisine au moyen des papilles gustatives. Lesquelles papilles sont donc en éveil permanent car l´appétit de culture n´exclut pas l´appétit tout court.
Antigua est à ce point calme que l´on se demande parfois si on n´a pas raté la diffusion du communiqué d´évacuation. Mais non, on aperçoit ici et là de stoïques restaurateurs prenant peu à peu racine dans l´attente désespérée de fantomatiques touristes. Eh oui, ce n´est pas à Noël que l´on entreprend le voyage au Guatemala, à ce qu´on dirait. La ville est à nous. On entend bien parfois le caquetage nasillard d´une oie américaine ou le rifougnement maladif d´un guatémalèque en goguette, mais on peut se promener au beau milieu des superbes rues pavées, ce qui est jouissif quand on a goûté auparavant l´enfer de Guatemala Ciudad.

Il ne faut pas croire que Noël est très différent de chez nous sous prétexte qu´on est sous les tropiques.Même par des températures torrides, il y a toujours un père Noël en manteau de zibeline arpentant les rues commerçantes. Certes, le concept de traîneau est plus délicat à cerner car il fait appel à des notions comme le froid, la neige, le gel: difficiles à adapter localement. Les chansons et musiques sont les mêmes qu´en Europe, à la différence notable du rythme. Par exemple, on a pu apprécier la version reggae de “minuit chrétien” à Belize City savoureusement interprétée par un Père Noel... noir. Ici, on fait plutôt dans le chant choral criollo, élargi à l´omniprésent “los peces” popularisé en France et dans un autre registre par la chanteuse Lhasa.

"Beben y beben y vuelven a beber
Los peces en el agua por ver al dios nacer"

A ce propos, le vieillard débonnaire que nous connaissons sous le pseudonyme de Père Noël prend ici le nom de Santa Klaus, une déformation de Saint Nicolas. En fait - ne le répétez pas aux enfants- le mythe du Père Noël est loin de faire l´unanimité dans le monde. Déja absent du monde non-chrétien, il n´est même pas reconnu dans des pays aussi catholiques que l´Espagne ou l´Italie.
Mais il faut tout de même tirer un coup de chapeau à ces Pères Noël tropicaux, avec leur barbe et tout le tralala car le micro-climat règnant sous le costume ne doit rien avoir à envier aux meilleurs saunas… finlandais.
Une pensée - politiquement incorrecte - me réconforte. Dans les pays pauvres, les enfants se réjouissent de présents modestes, en admettant qu´ils en recoivent, et n´en sont certainement pas moins heureux. A leur âge, ils n´ont pas encore conscience que les petits occidentaux reçoivent l´équivalent de 150 à 300 Euros de cadeaux chacun. Pourtant, le matraquage publicitaire existe aussi, et Spider man a rejoint l´inusable Barbie dans le panthéon des gosses mayas, comme dans celui des petits obèses californiens. Je ne sais pas si on sort frustré d´un Noël où l´on n´a pas reçu le dernier jouet à la mode. Après tout, si les autres petits camarades ne l´ont pas eu non plus, c´est sûrement moins décevant. Ils mettront une casserole de plus à la queue du chien, tireront quelques pétards, et ce sera tout.

Antigua est belle. Elle est la perle coloniale du Guatemala, sa fierté. Elle est aussi soumise à une influence touristique qui agit sur elle de façon contradictoire. L´argent drainé par les visiteurs permet la rénovation et l´embellissement des rues, églises, patios, et autres merveilleuses demeures multicolores. Mais l´industrie touristique se croit obligée de fournir au client un environnement familier et rassurant. Du coup, on recrée à l´autre bout du monde de petites enclaves occidentales vaguement repeintes aux couleurs locales. Par exemple, dans un restaurant ou un bar, on échappera difficilement à une musique anglo-saxonne archi-rabâchée. Le menu comportera toujours les mêmes produits dits de “cuisine internationale”, à deux ou trois exceptions près qui justifieront l´épithète “typique” accolée à l´établissement. Je me souviens avec colère de ce paradisiaque“jungle lodge” dans lequel nous lodgions en pleine Djeunegueule du Petén, et qui résonnait toute la journée de la rengaine "country" que le patron texan diffusait à plein volume. Toutes les inscriptions sont bilingues anglais-espagnol quand elle ne sont pas uniquement en anglais. Plus choquant: les librairies proposent essentiellement des revues et ouvrages en anglais, et lorsque vous cherchez quelque chose en espagnol, vous devez vous diriger vers le rayon “other languages”. La plupart des prix concernant le tourisme ne sont exprimés qu´en Dollars US. Si vous souhaitez régler en "quetzal", la monnaie nationale, on vous appliquera le taux de change officiel majoré de plusieurs points, ce qui est un comble.
Face à cette situation, vous finissez par trouver que tous les endroits se ressemblent et vous comprenez de moins en moins pourquoi même les jeunes gens, accourus du monde entier vers les hautes terres mayas, se tassent dans des bars bruyants où des écrans géants diffusent les derniers exploits des Lakers de Los Angeles ou des Gunners d´Arsenal sur une musique de Guns and Roses tellement forte qu´elle fait des vagues dans les chopes de bière. Ces observations valent pour un certain nombre de villes que nous avons visitées au cours de ce voyage, mais pas tant que cela. Il y a d´un côté le tourisme classique et massif du Yucatan, du Machu Picchu ou des chutes d´Iguazu, et il y a ce tourisme “jeunesse dorée et pseudo rebelle” qui caractérise San Pedro de Atacama au Chili, Cuzco au Pérou, Baños en Equateur et frappe durement le Guatemala qui - à l´instar du Népal ou de la Bolivie - maintient encore l´image d´une certaine authenticité aventureuse. Malheureusement, il reste peu d´endroits totalement vierges, facilement accessibles, bon marché, et un tant soit peu confortables sur cette terre. Alors pour le temps des vacances, il faut s´accomoder de la consternante homogénéité de la jeunesse du monde: la jeunesse mondialisée.

Repères : le mystère maya

Au cours de notre voyage en pays maya, les sites de Yaxchilan, Bonampak, Palenque, Tikal et Ceibal nous ont profondément émus, vieilles pierres gisant dans un écrin taillé par la jungle envahissante et mystérieuse... Et pourtant, c'est cette même forêt humide et dévorante qui a réduit en poussière quantités d'objets d'art maya : bois sculptés, étoffes aux admirables dessins, manteaux à plumes, ouvrages en cuir ont été détruits par le climat et le temps, et seules les splendides sculptures et peintures murales nous permettent aujourd'hui d'imaginer les beautés de l'époque. Une autre force paracheva l'anéantissement des vestiges de la civilisation maya, le conquérant du XVI siècle qui s'attacha à brûler l'Histoire au nom de la foi. Les Mayas relataient leurs histoires, coutumes et cérémonies dans des "codex", livres peints faits de longues bandes de papier d'écorce et ce rite fut considéré comme une entrave à leur conversion au christianisme. Cependant, le frère Diego de Landa, l'un des franciscains responsables de ces autodafés, s'employa par la suite à rédiger un précieux recueil couvrant tous les aspects de la vie maya...Ainsi, la civilisation maya renferme-t-elle de nombreux secrets et les centaines de temples, places, stèles, autels, terrasses, monticules encore recouverts par la végétation emmêlée contribuent-ils à la magie qu'exerce sur nous cette page de l'histoire si complexe et seulement partiellement déchiffrée...
Les Mayas posent notamment une énigme intéressante : installés dans une région isolée et hostile, ils ont développé des connaissances intellectuelles et artistiques remarquables alors qu'ils n'ont jamais mis leur intelligence au service de problèmes pratiques ; ils construisirent par exemple de grandes routes alors qu'ils ne possèdaient pas de véhicules à roues ni de bêtes de somme, ils n'ont connu que très tardivement les métaux et en ont fait très peu usage. Ils avaient un esprit intensément religieux et tous leurs efforts avaient des fins spirituelles. L'astronomie, l'écriture et l'art n'ont été que des moyens pour servir leurs dieux. Le temps constituait en fait la base de leur religion. Les Mayas croyaient que le temps se répétait, que plusieurs mondes avaient déjà existé et qu'il était noble de rechercher les facteurs qui agissaient sur chaque jour et chaque année afin de déterminer les périodes favorables (par exemple pour les semailles, pour un mariage) ou de prévoir et d'éviter par des sacrifices la fin du monde.Les Mayas nous offrent une belle image : les divisions du temps étaient des fardeaux acheminés à travers l'éternité par des relais de porteurs divins, dans une ronde savante. Ils désiraient connaître ceux des dieux qui marchaient ensemble à un jour donné parce que ces renseignements leur permettaient de mesurer les influences combinées de tous les marcheurs et ainsi de maîtriser leur propre sort. Pour parvenir à ce qui finalement relevait plus de l'astrologie que de l'astronomie, les Mayas ont travaillé sans relâche et pendant des générations à l'observation du ciel, parvenant à des résultats étonnants. Les prêtres-astronomes ont réussi à évaluer la durée de l'année solaire, du mois lunaire et de l'année vénusienne et ainsi à prévoir les éclipses avec une précision incroyable. Leurs calculs comportent des erreurs infimes (par exemple pour le cycle vénusien : 2 heures pour une période de 500 ans) alors qu'ils ne disposaient d'aucun moyen technique, qu'ils ignoraient que le soleil tournait autour de la terre et que bien souvent les conditions atmosphériques devaient rendre toute observation impossible. Les résultats des calculs successifs étaient consignés sur des stèles et manuscrits hiéroglyphiques et ainsi transmis aux générations suivantes qui, à force de persévérance, réussirent à trouver des solutions aux épineux problèmes mathématiques. Les Mayas ont ainsi développé un système de 17 calendriers très complexes pour marquer le temps, formant des cycles récurrents basés sur le cosmos et qui s’enclenchent comme les rouages d'une montre. Le cycle actuel aurait commencé en 3113 avant J. C. et prendrait fin en l’an 2012 de notre ère. Cette année, si proche, serait alors un moment de grande transition et de transformation...

Préoccupés qu'ils étaient par la mesure du temps, les Mayas possèdaient un système numérique, alors que ni la Grèce ancienne, ni Rome, ne connurent le zéro ni la numération de position (valeur prise par les chiffres d'après leur position dans un nombre). Le système maya ressemble au nôtre mais en diffère principalement par le fait qu'il est vigésimal et non décimal :nos milliers (10x10x10), centaines (10x10), dizaines (10x1) et unités deviennent 8000 (20x20x20), 400 (20x20), 20 (20x1) et unités.
Les Mayas employaient des points pour les chiffres de 1 à 4 et une barre pour le 5, les chiffres de 6 à 9 étant des combinaisons d'une barre et de points : trois s'écrit par 3 points et sept par 1 barre et 2 points. Le chiffre zéro était lui représenté par une coquille.
Selon un système décimal, le nombre "949" se compose de trois chiffres : le "9" indique les centaines, les "4" les dizaines et le "9" les unités. Nous savons que neuf centaines, quatre dizaines et neuf unités font 949 (9x100 + 4x10 + 9 = 949). Pour les Mayas, ce même nombre s'écrivait : deux points/une barre et deux points/une barre et quatre points (en réalité les signes étaient placés sur des lignes verticales et non horizontales). En effet, les deux premiers points indiquent 2x400, la barre et les deux points 7(5+2) x20 et la barre et les quatre points 9 unités ; 800+140+9 =949. Brillant non !
Un autre exemple, plus simple. Le nombre "40" chez les Mayas s'écrivait par 2 points/une coquille. Les deux points équivalent à 2x20, soit 40, et la coquille indique 0 unité...
J'espère que vous avez bien suivi car je pense que notre prochain jeu testera votre compréhension...

L'écriture fut également un domaine où l'intelligence maya s'orienta avant tout vers la divination : elle fut imaginée pour enregistrer l'écoulement du temps. En l'absence d'alphabet et d'écriture syllabique, était employée une écriture phonétique, forme améliorée du rébus. Un même glyphe pouvait être dessiné de deux façons distinctes (sous une forme représentative ou une forme symbolique) et son sens modifié par des symboles ou affixes. Ainsi les hiéroglyphes mayas sont très nombreux et très compliqués, et le sens de beaucoup d'entre eux n'a jamais été percé...

Ces remarquables avancées intellectuelles -astrologie, numération et écriture- s'accompagnèrent de pratiques plus obscures : les rituels sanglants allaient des simples saignées (à la langue, au doigt et à la verge) aux sacrifices humains. Le soleil en particulier devait être nourri de sang, de préférence humain. Comme le décrit joliment l'auteur du livre ayant inspiré cet article, "chaque soir, après avoir traversé le ciel, le soleil passait dans le monde inférieur, celui des morts et des dieux de la mort, pour ressurgir à l'est, à l'aurore. Au cours de cette traversée nocturne, il s'imbibait des qualités de la mort, de sorte que, quand il émergeait, il était en partie squelettique et ne pouvait retrouver sa chair et sa force qu'en buvant du sang". Lorsque la guerre ne procurait pas assez de captifs, des esclaves, des fautifs (par exemple un sculpteur ayant commis une erreur sur une stèle qui lui avait été commandée) ou des "êtres purs" choisis au hasard -enfants, vierges, ...- étaient sacrifiés -on leur arrachait le coeur- et beaucoup de ces victimes voyaient dans cette ultime épreuve un honneur ou tout au moins étaient résignées et s'en remettaient aux puissances divines.

Parmi les multiples facettes de cette civilisation maya, je n'en ai choisi que quelques unes et encore n'ai fait que les effleurer. Il est un dernier point que je mettrai en lumière pour clore ce "repère" : la disparition de l'empire maya. Alors que la période allant de l'an 300 à l'an 900 fut une période très sombre pour le Nouveau Monde, la civilisation maya atteignait son apogée. Puis la balance pencha une nouvelle fois et l'Europe occidentale entra dans l'ère de la foi et des lumières alors que les cités mayas étaient abandonnées, la forêt les engloutissant et les racines de ses arbres géants en faisant s'écrouler les pierres. Nul ne sait exactement ce qui se passa. Il semble que le caractère maya fut affaibli par l'impact des influences de ses voisins mexicains, en conflit avec ses idéaux mais contre lesquelles il ne se rebella pas. La modération s'effaca pour produire une civilisation dont la triste histoire ressemble à celle de dizaines d'autres. Et pourtant, jusque là, les Mayas avaient réussi l'impensable, tenir la forêt en respect avec leur seule foi...


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