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Equateur * (2 août-16 août )

 

 

 

 

Impressions

Pas évident de clore le chapitre péruvien. Il y aurait encore tant de choses à raconter sur cette expérience ; nous y reviendrons certainement dans le deuxième volet. Ce qui est difficile, c'est de quitter un cadre où l'on se sent aussi à l'aise que chez soi, voire mieux. Mais tel Rahan faisant pivoter son coutelas d'ivoire sur une pierre avant de quitter ceux-qui-marchent debout, nous reprenons la route.

Il faut dire que la translation vers Quito n'est pas à proprement parler une sinécure: 4 jours et 3 nuits passés dans des bus hoqueteux sur des routes ravagées par les Niños précédents et au milieu d'autres niños, bien vivants.

Il y a des moments plus pénibles que d'autres; le passage de la frontière entre le Pérou et l'Equateur est un incontestable pensum. Rien de bien glorieux dans cette haine entre voisins qui les pousse à se désintéresser de la possibilité de passer de l'un à l'autre. On dirait que tout est fait pour vous compliquer la tâche. Lorsque vous recevez le tampon de l'émigration péruvienne, après une attente interminable et sous le regard avide d'interlopes margoulins, il vous reste plusieurs kilomètres à parcourir avant le poste équatorien.
Vous prenez vos bagages, vous franchissez à pied un pont en terre battue, et vous vous retrouvez dans un espèce de bidonville appelé Aguas Verdes, où des nuées de gamins vous tombent dessus. Dans cette zone de non-droit, vous vous mettez à la recherche d'un bus équatorien pour poursuivre votre route (car les bus péruviens restent au Pérou). Après vous être fait délester de vos derniers soles par les gamins qui vous ont guidés jusqu'à l'officine crasseuse d'une compagnie bien cachée dans une rue étroite, vous n'avez plus qu'à attendre que le chauffeur veuille bien se mettre au travail. Quand enfin vous atteignez, après plusieurs km, le poste de douane équatorien, celui-ci est désert, et c'est tout juste si on ne vous demande pas de tamponner vous-même votre passeport.

Cuenca sera une étape agréable après les affres du bus. Ce sera aussi la prise de contact avec l'humidité du climat équatorial, après trois mois de temps sec et froid.

Quito est une bonne surprise. Située à 2800m d'altitude, dans un cirque volcanique dominé par le Pichincha toujours en activité, cette ville rappelle un peu La Paz avec des formes plus rondes et davantage de couleurs. Le centre historique, à l'architecture coloniale préservée, resplendit sous le soleil de plomb. A propos, sur le coup de midi, on constate que le soleil est exactement situé au zénith et que le corps ne projette aucune ombre, à part peut-être le nez... Autre point commun avec la Paz, la ville haute est beaucoup plus mal famée que les quartiers en contrebas. C'est donc dans le Quito moderne que nous établirons notre Quartier Général entre chacune des incursions dans l'intérieur du pays. Sans charme particulier, les zones modernes réservent parfois des surprises, comme ce cyber-quartier où la densité de net-cafés, net-pizzas, voire net-cinémas est parmi les plus élevées au monde.

Mais au fait, qu'est-ce qu'une Net-Pizza? C'est tout simplement un concept m...commercial qui associe une certaine quantité de pizza avec une durée de connexion à Internet. Ainsi, on peut acquérir un forfait "bronze" qui comporte une portion de "marguerita" et un quart d'heure sur le web, jusqu'au pack Gold qui comprend une "4 saisons" familiale et 1h de surf. L'histoire ne dit pas comment on peut dévorer une pizza géante tout en tapotant sur un clavier... L'autre concept, plus étonnant encore consiste à proposer la projection d'un film dans la même salle que les ordinateurs connectés. Nous avons essayé, et confirmons que les deux activités sont rigoureusement incompatibles sauf à risquer de répondre: Tu vas me le payer, JR, à l'ami qui vous demande des nouvelles par e-mail.

Outre ces curiosités plutôt cocasses, une question brûle toutes les lèvres: à quoi sert l'Equateur? Un pays ridiculement petit à l'échelle du continent et possédant aussi peu d'unité géographique a quelque chose d'improbable. Le tiers occidental est constitué d'une plaine côtière au climat tropical, la cordillère centrale est dotée d'une altitude moyenne supérieure à 2000m, tandis que le versant oriental est occupé par la forêt amazonienne. J'ai posé la question de la cohérence territoriale à plusieurs locaux, qui ont unanimement et immédiatement répondu que c'était la faute des péruviens.

Il est exact de dire que le XXème siècle est jalonné de conflits entre les deux voisins et qu'à chaque fois, l'Equateur s'est retrouvé amputé d'une portion de son territoire. A l'instigation de ces guéguerres qui ont généralement comme enjeu des zones de forêt vierge, les compagnies minières ou pétrolières étrangères servies par des politiciens en manque d'inspiration.

Tous les pays du monde ont leur ennemi préféré et ceux de ce continent ne dérogent pas à ce désolant constat malgré leur apparente unité culturelle et linguistique. Si l'on veut bien récapituler depuis le début, voilà ce que cela donne. Argentine et Chili se détestent pour des raisons frontalières en Patagonie, en Terre de feu, et dans la région de l'Aconcagua. De plus, l'attitude pro-anglaise des chiliens pendant la guerre des Malouines n'a pas été oubliée à Buenos Aires. Brésiliens et argentins sont rivaux économiquement et sportivement, après l'avoi été politiquement. Il a même été nécessaire de créer un état-tampon, l'Uruguay, pour mettre fin à leurs incessants conflits territoriaux dans le pays gaucho. La Bolivie exècre le Chili, qui lui a ravi son accès à la mer durant la guerre du Pacifique, au XIXème siècle. Le Pérou rejoint la Bolivie sur ce point depuis l'annexion par Santiago de la région d'Arica, au terme d'une série de batailles navales lamentables. Le Paraguay a de bonnes raisons de se méfier de ses voisins depuis qu'ils ont exterminé un bon tiers de sa population lors de la guerre éponyme, également au XIX siècle. Je n'ai pas encore d'information précise sur la Colombie, mais je ne serais pas étonné d'apprendre que de graves contentieux l'opposent à son voisin vénézuélien. Tous ont pourtant un ennemi commun: les Etats-Unis. Transformés en colonies, dominés dans tous les secteurs, humiliés politiquement et culturellement, ces pays entretiennent leurs petites querelles mesquines pour oublier qu'à l'autre bout de la laisse se tient un maître contre lequel ils ne peuvent pas lutter. Alors parfois ils se rebellent, aboient un bon coup, mais après avoir reçu leur raclée, reviennent sagement se coucher sous la table.

Le 5 août, nos parents ont rejoint notre quotidien voyageur. Il est toutefois notable que durant leur séjour dans les Andes, un effort d'organisation a été fourni, jusqu'à aboutir à un programme scrupuleuseument minuté par Delphine. L'objectif clairement avoué est de leur en mettre plein la vue. Aussi les événements touristiques vont-ils se précipiter dans les prochains jours avec une rapidité jusqu'ici inconnue. Mais pour l'instant, les vieux tiennent bien le coup. Un peu secoués par un vol long et peu confortable, avec escales à New-York et Bogota, ils se sont rapidement mis à niveau et envisagent avec appétit les échéances et les plats a venir. Une expérience nouvelle nous attend désormais.

Si la situation économique est déplorable, l'équatorien sourit encore. On est loin de la politesse glacée de l'Altiplano. Le métissage, le climat et la végétation exubérante ont façonné un caractère bonhomme et une cordialité qui font de ce pays une étape rafraîchissante. Après une visite au maître des lieux, le Cotopaxi - plus haut volcan actif du Monde avec ses 5897 m - mais qui refusa longtemps de se montrer, nous descendons dans la luxuriante vallée de Baños, qui marque l'antichambre de l'Amazonie à environ 1800 m d'altitude. Cette ville est située au pied du volcan Tungurahua (5010 m), une formidable machine à vapeur qui se réveille de temps à autre pour infliger quelques cataclysmes dans la région. Il y a de cela trois ans, le volcan montra de tels signes de nervosité que le gouvernement fit évacuer la ville pendant plusieurs mois. L'armée assura la surveillance des lieux pendant cette quarantaine. Mais bientôt, le bruit courut que des éléments incontrôlés de l'Armée avaient tendance à se servir dans les maisons désertées. Malgré le danger, les habitants revinrent en force dans leur ville, pour constater que leurs "protecteurs" s'étaient livrés à un véritable pillage. Les émeutes furent telles que l'Armée fut chassée de la région, elle y demeure invisible aujourd'hui, comme les biens des pauvres citadins.
Avec ses cascades, ses sentiers à flanc de volcan, des eaux thermales, sa gastronomie et son artisanat raffiné, Baños est un petit paradis du tourisme alternatif. L'observation du volcan en pleine éruption sera le clou de ce séjour somme toute assez humide.

Mais ce qui nous a sans doute le plus marqué, c'est la cérémonie d'inauguration de l'exposition de sculptures "Piedras brillantes",organisée par la Maison de la Culture de Baños.Dans les austères locaux de la Mairie, on célébrait la gloire naissante de quatre jeunes artistes de Quito. Au programme: discours, poèmes, danses et chansons, avec comme ambition d'embrasser tous les aspects de la culture dans son acception la plus large, mais aussi la plus noble". Le gratin des notables est présent. Les femmes arborent des tenues vives, d'énormes colliers et de récents et volumineux brushings. Les hommes ont sorti le costume croisé et vidé le pot de gomina.
Tout commence par l'appel des principales personnalités du cru, qui à l'énoncé de leur nom viendront se ranger aux extrémités de l'estrade et y resteront, debout, tout au long de la soirée, certainement pour être certains de figurer sur toutes les photos. Il y a le maire, les membres du conseil municipal, le directeur de la Maison de la Culture, le commissaire de police et... Miss Confraternité. Le rôle de cette dernière n'est pas clair pour nous. Je pense qu'on la dispose au milieu des costumes sombres afin d'apporter une touche colorée sur les photos officielles: toujours ce souci de la photo...
Chaque année, jusque dans les patelins les plus reculés du pays, on élit une batterie de Miss qui auront un rôle bien précis à jouer dans la société locale. Enfin, bien précis pour eux. Il y a trois types d'élues: la Reine de la ville est choisie sur des critères à la fois esthétiques et "intellectuels". Elle participera aux manifestations les plus importantes et aura un rôle d'ambassadrice à l'extérieur. Miss Alegria est généralement plus jeune et plus délurée. Elle représentera la tranche d'âge "ados" et étudiants, et on lui demandera parfois d'esquisser quelques pas de danse. Enfin, Miss Confraternité correspond à un concept plus flou, et semble promise aux manifestations anecdotiques ou obscures, comme par exemple ce vernissage.
Après les inévitables et volumineux remerciements, les discours enflammés de l'amphitryon sur la mission de son organisme, une glaciale poétesse vient égrainer des vers que personne n'entend clairement mais que tout le monde reçoit comme des paroles divines. Un guitariste nain et aphone lui succède pendant trois interminables complaintes. Les quatre jeunes artistes restent collés au mur, à la fois intimidés et consternés par ces encombrants hommages. Mais au fait, que sommes-nous venus faire dans cette galerie? C'est bien sur un malentendu! Notre jeune guide Inti nous avait fait miroiter des danses afro-équatoriennes de la région d'Esmeralda en se gardant bien de préciser qu'il nous serait nécessaire d'ingérer cet insupportable préliminaire !
Nous sommes debout depuis plus de deux heures quand on annonce le retour de la poétesse pour une seconde volée de strophes. Dans l'assistance, la tension est extrême. Certains lorgnent anxieusement vers la sortie, que l'organisateur a condamnée jusqu'à nouvel ordre. L'oeuvre poétique agit sur le public comme un marteau sur une religieuse et certains n'hésitent plus à s'écrouler par terre. Un des jeunes sculpteurs, cheveux longs et barbe drue, semble figé dans une attitude christique, les yeux révulsés et la bouche entre-ouverte, comme cloué sur la croix de la culture. Lorsqu'enfin s'interrompt cette insupportable litanie, les plus optimistes se redressent dans l'espoir d'apercevoir les brunes crinières des danseuses. Mais non, l'adjoint à la culture croit de son devoir de synthétiser la soirée par un discours de conclusion tellement peu synthétique qu'il ruine les derniers espoirs de survie des suppliciés. Nous nous interrogeons du regard: devons-nous tenter une sortie par la force? Allons-nous simuler un malaise par ailleurs très probable? Devons-nous nous laisser mourir? Mais non, les jeunes femmes du ballet Esmeralda, reconnaissables à leurs pieds nus, entrent enfin sur scène. L'amateurisme de la chorégraphie est accueilli avec bienveillance par un public qui pressent l'imminence de l'issue et reprend peu à peu des couleurs. Et tant pis si le mange-disque s'arrête en plein milieu des pas de danse, tant pis si le spectacle ressemble à une kermesse de fin d'année: nous sommes vivants, et c'est sans doute cela le plus beau. Les jeunes filles saluent. Le cerbère s'efface de la porte et distribue à chacun des survivants un dé à coudre de chicha, cette fameuse liqueur à base d'herbes mastiquée par des femmes d'âge mûr.
Et la sculpture dans tout cela? Nous l'avons trouvée plutôt inspirée et originale. Mais en regardant ces jeunes gens - incontestablement talentueux - nous ne pouvions nous empêcher de penser aux difficultés que l'avenir ne manquerait pas de leur réserver, à coups de supplices de ce genre...

Amazonie : 12-16 août

25 minutes de vol suffisent depuis Quito pour atteindre le coeur de la forêt vierge. On entre alors dans l'immense bassin amazonien : une gigantesque cuvette qui aurait pour extrémités le plateau des Guyanes au Nord, les Andes à l'Ouest, les massifs du Mato Grosso au Sud. Aucun fleuve ne naît avec le nom Amazone, c'est à partir d'Iquitos, plusieurs centaines de kilomètres en aval, que la réunion des fleuves lui donne ce nom. Le débit des rivières locales dépend principalement de la pluviométrie des Andes, qui forme des cours d'eaux blanches, plus que des rivières locales, aux eaux noires. D'ailleurs, si nous sommes en saison sèche dans les Andes, c'est ici la fin celle des pluies ; mais le niveau des rios est bas, ce qui garantit - dit-on - de meilleures chances d'observer une faune riche. Mais même au XXIème siècle et avec une agence de tourisme aux petits soins, la forêt reste une aventure. Les routes sont un véritable enfer, et pendant les heures de pirogue qui mènent au coeur de la forêt, les averses succèdent aux coups de chaleur alors que le pilote se fraye un chemin entre rapides, troncs d'arbres à la dérive, et autres accidents du fil de l'eau.Le premier campement offre un confort relatif, le second est nettement plus sommaire : quelques planches, un matelas, une moustiquaire et un toit de paille. Mais c'est à ce prix que l'on atteint la fameuse harmonie avec la nature primordiale, et sans pour cela avoir recours aux substances hallucinogènes.
A ce propos, on vous déconseille de tenter l'expérience du Yajé, la fameuse potion sensée permettre d'atteindre un niveau spirituel plus global. Le Yajé prend sa place dans une cosmogonie bien particulière où l'homme n'est qu'un maillon de la chaîne formée par les éléments, les animaux et les plantes. On le consomme par exemple avant de partir à la chasse ou à la pêche afin que l'animal vienne naturellement au chasseur comme les lois de l'univers l'exigent.
Dans la jungle, l'intimité n'existe pas. Chaque bruit est amplifié par la gigantesque caisse de résonnance du couvert végétal. Dans la jungle, on n'est jamais seul : des dizaines, des centaines d'yeux ou d'antennes vous observent et vous évaluent sans cesse. L'eau, l'air, la terre sont le théâtre permanent de la vie et ses transformations. A chaque mouvement, à chaque inspiration, à chaque regard, on est à la fois envahisseur et envahi, visiteur et visité, agresseur et agressé. Le jour est fait de glissades en pirogue sur les bras endormis du rio Cuyabeno, d'immersion dans l'épaisseur végétale, de molles siestes dans le carcan des hamacs. La nuit est une cathédrale d'appels au loin, de craquements, sifflements, glapissements, fuites éperdues et battements d'ailes sombres. Et moi, comme en lévitation dans le cocon aérien de la moustiquaire, je suis l'auditeur ému de la grande fête de la forêt.
Caïman nocturne aux yeux rouges, singe tapageur, papillon aux éventails d'azur, fourmis guerrières, perroquet au vol transversal, hirondelle bleue, dauphin rose, dinde verte, vie, vie, vie....
La réserve du parc de Cuyabeno est protégée, le mode de vie des tribus est intact. Ils continuent de chasser et pêcher pour leur subsistance, tout en limitant au strict minimum les contacts avec les touristes. L'idée du "tourisme vert" comme nous l'avons pratiqué est de passer sans laisser de trace. Il faut, par exemple, éviter d'acheter de la nourriture aux indigènes afin de ne pas modifier leurs habitudes de chasse tournées vers l'auto-subsistance. Bref, dans cet écosystème fragile, l'irruption du commerce serait un véritable fléau. Et de fléaux, la forêt en connaît beaucoup. Après la cannelle, l'or, le latex, c'est le pétrole qui tue aujourd'hui l'Amazonie. Car même au coeur du parc de Cuyabeno, les multinationales parviennent à se faire attribuer des concessions d'exploitation. L'argument est toujours le même : les matières premières apportent des devises au pays et donc contribuent à son développement. Il est naïf de croire que les quelques royalties versées finissent ailleurs que dans les poches des hauts fonctionnaires et des dirigeants. Il n'existe rien de plus navrant qu'une zone défrichée , tapissée de bidonvilles et routes défoncées, qui accompagnent immanquablement toute exploitation. L'exemple de la Bolivie saignée depuis des siècles par les européens puis les américains, et plongée dans une pauvreté malgré un sous-sol fabuleux, est particulièrement éclairant. Les mois prochains nous permettront de parfaire notre compréhension de ce milieu.
J'allais oublier de vous confier ce qui m'a peut-être le plus étonné : il n'y a pas de pierre en Amazonie. Rien ne dure, tout coule, s'écoule, vit, meurt et pourrit.

 

 

Repères

La légende des volcans

Cette légende est connue de tous, avec des variantes selon les personnes, la constante reste les deux personnages principaux Maman Tungurahua et Papa Chimborazo. Voici celle contée par Inti, notre jeune guide.

Dans son adolescence, la belle Tungurahua coquette et séductrice charma les plus grands et forts prétendants. Le Chimborazo, sans s'occuper des attaques verbales de Cotopaxi, le provoqua en duel. Par son omniprésence et par son pouvoir le Chimborazo sortit victorieux et gagna l'amour de Tungurahua. Le temps passant cet amour devint de plus en plus beau et il fut à l'origine du beau bébé Guagua Pichincha ( Guagua = bebe).
Le bébé hérita du pouvoir de son père et montra sa force au monde entier. Il mit sa mère en colère par sa façon immature et puérile de montrer sa force. La colère de Mama Tungurahua devint alors une furie incontrôlable et, en même temps, elle apprenait à son fils à montrer les sources de sa puissance.


La dollarisation

Aujourd'hui, je vous propose une petite recette sud-américaine. Amis lecteurs, procurez-vous les ingrédients suivants :
- un pays dont le prix des richesses naturelles -bananes, caoutchouc, pétrole- après avoir flambé, s'est cruellement affaissé :
- un pays dont les dirigeants se sont empressés de vider les caisses de l'Etat lorsqu'elles étaient pleines, où la corruption et la vanité sont les qualités premières des hommes politiques (imaginez un Président proposant à Diego Maradona un million de dollars pour jouer un match unique dans la capitale alors que le pays est au bord du gouffre) ;
- un pays que régulièrement malmènent les catastrophes naturelles : tremblements de terre et Niño ;
- un territoire qui au fil de conflits mesquins s'est réduit comme une peau de chagrin ;
- un territoire qui a la malchance d'être frontalier avec la Colombie, enjeu stratégique des Etats-Unis ;
- enfin, un territoire où les inégalités sociales sont immenses, où les peuples indigènes se sont vu confisquer les vallées fertiles et offrir des terres hostiles.
Attendez, je vous aide un peu, il vous suffit de prendre un unique composant : l'Equateur.Maintenant, laissez le temps agir et vous obtenez...
la Dollarisation, c'est-à-dire : en 1999, un pays en faillite ne pouvant honorer ses dettes internationales et un système bancaire asphyxié pour lequel l'Etat va imposer l'ancêtre du "corralito" argentin, soit le gel des dépôts (bien sûr au détriment des épargnants). La situation est tellement catastrophique que la communauté internationale - bien sûr, lectorat fidèle, vous avez traduit : les Etats-Unis sous couvert du FMI -, a imposé en janvier 2000 une mesure pourtant inconstitutionnelle, la disparition de la monnaie locale - le sucre - au profit du dollar américain ; eh oui, les mêmes billets verts que ceux qui circulent chez Mickey, en anglais, à l'effigie de héros étrangers à ce peuple qui pourtant, après plus de 500 ans de colonisation, a conservé ses langues aborigènes....

Les objectifs de la dollarisation affichés par le gouvernement, soutenus par le patronat mais dénoncés par le peuple, étaient de rétablir la stabilité monétaire, réduire l'inflation et les taux d'intérêt afin de redonner confiance aux investisseurs internationaux dont l'affluence des capitaux relancerait la croissance économique et rétablirait l'appareil de production. Peu après l'annonce de cette mesure, une véritable insurrection a soulevé le pays, provoquant la destitution du Président Jamil Mahuad, le parlememt condamnant alors la dollarisation en tant qu'instrument de méga-dévaluation destinée à protéger les banques. Mais le nouveau Président, Gustavo Noboa, entérinera la décision de son prédécesseur.

Laissons maintenant s'écouler 30 mois. Nous sommes en août 2002 et l'Equateur s'est enfoncé dans la crise :
- les capitaux étrangers n'ont pas été séduits par la dollarisation ; l'inflation - cette fois en dollar- et la hausse des taux d'intérêt n'ont donc pas été enrayées ;
- après une inflation de 90% en 2000, 25% en 2001 et encore à 2 chiffres en 2002, l'Equateur est devenu le ou l'un des pays les plus chers d'Amérique latine, ou tout coûte au moins 1 dollar. Le jugo de naranja qui est à 1 boliviano ici (0.15 Euro) ou à 1 peso/sol là (0.3 Euro), coûte à Quito ou Baños 1 dollar (1 Euro). Etc...
- les coûts de production s'étant dollarisés, les biens équatoriens sont devenus hors de prix, ont perdu toute compétitivité à l'exportation et ont été supplantés par des produits étrangers sur les marchés locaux (ainsi, l'Equateur n'a pas conquis les marchés américains comme on le lui avait fait miroiter mais au contraire est devenu une proie pour l'Oncle Sam). Ce phénomène a été accentué par les politiques de dévaluation des voisins argentin et brésilien pour ne citer qu'eux, l'Equateur étant désormais le seul pays d'Amérique latine à n'avoir plus aucun levier économique au travers de sa politique monétaire ;
- l'appareil productif n'a pas été relancé et le chômage n'a pas décru ;
- et bien sûr, mais là encore je suis certaine que vous l'avez deviné, les salaires n'ont pas suivi cette course folle, ce qui laisse le pays dans une situation explosive : 80% de la population active occupe un emploi précaire et 90% de la population totale se débat dans la pauvreté.....

Alors, que préconiser ? Un retour en arrière ne semble plus possible. Pour éviter le désastre - à l'argentine - que serait la fuite des intérêts économiques encore en présence, l'Equateur devrait retrouver sa souveraineté nationale - politique et économique -, l'une des premières mesures pouvant être une claire intervention contre l'importation massive de produits pouvant être fabriqués sur place....


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