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CHILI : LE NORD ET L'ATACAMA (23-29 MAI 02)

 
 
 

Impressions



23 mai

Après les couleurs vives de la vallée de l´Elqui, nous voici aux abords du mythique désert de l´Atacama * . Les villes traversées ne sont que des centres de transit du minerai mais elles gardent une certaine majesté avec leurs horizons de pierre. La région jouit d´un climat immuable. La brume, dite camanchaca, recouvre les terres d´un voile homogène jusqu´au milieu de la matinée. Entre 10 et 11 heures du matin, ce voile se déchire pour laisser la place à un soleil torride et sans partage.

Nous sommes ce soir sur une terrasse ensoleillée que la panaméricaine sépare de l´Océan. La panaméricaine , c´est cette interminable route qui forme le squelette de l´Amérique. C´est un ronflement ininterrompu de camions chargés de tout ce que les entrailles du Chili peuvent proposer aux industries du monde entier : nitrate, cuivre, phosphates, salpêtre, lithium et autres poudres de pinlerpimpin. Notre après-midi s´étire, il ne se passe rien à Chañaral .Mais cela n´est pas bien grave. Delphine avec Garcia Marquez et moi avec Pablo Neruda, les heures ne sont jamais trop longues. Demain est plein de projets.


25 mai

Deux jours au Parc Pan de Azucar, qui en aurait mérité bien plus... Mais que faire lorsqu´on est aussi peu autonomes que nous le sommes ? La tente (6 personnes), dont les piquets n´étaient pas tous au rendez-vous, a servi de tapis pour dormir à la belle étoile dans ce désert côtier où la dernière pluie remonte à trois ans. Au beau milieu de la nuit, les premières gouttes commencèrent à picoter nos joues. Sereins, nous restâmes fidèles au poste puisque la pluie était une impossibilité scientifique. Quelques minutes plus tard, nous devions nous rendre à l´évidence : nous étions témoins (et un peu victimes) d´une bizarrerie climatique qui nous a fait dormir sous une tente non plantée et sans armature, c´est-à-dire sous un drap (qui, à l´odeur, avait dû servir à envelopper du poisson...).

Mais ce que nous retiendrons de ces heures au contact du Pacifique, c´est la puissance des paysages, les érections de cactus, les fleurs du désert réveillées par la pluie, les pélicans habiles qui volent en "procesión" devant notre paire de jumelles, la brume qui monte inexorable à l´assaut des falaises et des contreforts de la cordillère. C´est, d´une certaine manière notre première immersion avec la nature sauvage du Chili. C´est une renaissance, après beaucoup de villes et de bus. Il y a eu Santiago, La Serena, Copiapó et Chañaral, toutes avec leur intérêt et leurs défauts (sauf peut-être Copiapó qui ne méritait pas une ligne !), mais aucune ne pouvant rivaliser avec les géants de roches qui piétinent l´Océan alors que le soleil joue entre les nappes de brumes.

Pour préparer le café, Delphine a, de façon ayatollesque immolé un chapitre entier de Cent ans de solitude, ce qui réduit de moitié notre capacité d´échange (rappelons que nous sommes partis avec deux livres et l´objectif est (était) de les échanger une fois lus). Bon, à la Fnac de San Pedro de Atacama, nous trouverons sans doute de quoi nous refaire !

La télé nous montre des images impressionnantes de Santiago en proie à des pluies diluviennes et des inondations. Nous avons eu chaud, façon de parler !



26 mai

Une nuit de bus peuplée de ronfleurs vibrants et aux mille variations de température, nous amène au coeur du désert. Dès la mi-journée, le ciel se plombe franchement et l´issue nous semble inéluctable. Nous consacrons donc notre après-midi à la découverte des cafés internet de San Pedro de Atacama * en regardant tomber les gouttes. A l´ordinateur d´à côté, un couple de suisses met à jour son site "Transamerica 2002", du Mexique a la Terre de Feu. Ils ont l´air plus au point que nous, qui mettons des heures à envoyer quelques pauvres images et repartons consternés par le temps perdu du fait de la complexité de la machine, ou de notre propre poussivité.

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C'est le moment de remercier les sponsors qui nous ont équipés en jumelles, appareil photos, carte mémoire, chaussures, polaires, lunettes, serviettes de toilette, hamacs, carnet de route, moustic ' clic, foulard, altimètre, boussole, pantalon, guide de survie... Merci a ceux qui se reconnaîtront dans ces attentions bien utiles qui nous accompagnent jour et nuit.

 

28 mai

San Pedro de Atacama, c´est l´autre versant de la cordillère que nous avons parcourue en 1996, en Bolivie. Sachant que c´est notre meilleur souvenir de voyage, la comparaison était difficilement tenable. Et pourtant, même si les lagunes et les salars sont moins majestueux que de l´autre côté, il règne à San Pedro un certain bonheur de vivre. Ou plutôt, une certaine facilité. Des bars branchés, des restaurants décorés "art ethnique", des cafés internet comme s´il en pleuvait : c´est la rue Oberkampf du désert d´Atacama, sans le 149. Paradoxe ? San Pedro ne jouit pas d´une alimentation continue en électricité, voire en eau. N´oublions pas que nous sommes en plein désert, à 2500 m d´altitude.

Aujourd´hui nous avons participé à une excursion organisée. Notre groupe était particulierement hétéroclite : un agronome japonais, une océanographe de Sibérie, deux anglais d´origine indienne, un policier allemand, deux adolescents attardés au pull troué et aux faux airs de Doessant, et nous, qui nous présentions comme des ingénieurs français (c´est pratique, on sait le dire). Cette assemblée occupée à mitrailler les flamants roses au beau milieu du salar de l´Atacama
* avait quelque chose d´absurde.
L´ échappée s´est en outre terminée en queue de poisson : impossible, en pleine tempête de neige d´atteindre les fameuses lagunas vantées par les agences. Nous nous sommes rabattus sur des visites techniques sur les systèmes d´irrigation pré-incaïques. Intéressant tout de même d´apprécier le combat séculaire de l´homme contre le désert et les trésors d´astuces pour tirer partie de la moindre goutte d´eau...


29 mai

Le bus pour l´Argentine ne part toujours pas, les cols étant bloqués par la neige. Pour se faire une idée, de Santiago à l´extrême nord du pays, il y a plus de 2000 km et seulement trois points de passage vers l´Argentine. Tous sont à plus de 4000 m d´altitude et nous sommes à la fin de l´automne. En continuant plus au nord, nous passerions au Pérou, et pour retrouver l´Argentine, il faudrait faire une boucle de plusieurs milliers de km. Autant dire que nous n´avons guère d´autre choix que d´attendre.

Une jeune fille nous a accostés ce matin pour consulter le guide du routard. Elle doit avoir un peu plus de 20 ans et voyage depuis déjà 6 mois entre le Pérou et le Chili. Notre expérience ne l´émeut guère. Plus tard, alors que l´agence de bus reportait pour la quatrième journée consécutive le départ du bus pour l´Argentine, une autrichienne s´emportait : mais qu´il parte ce bus, je n´ai que 3 semaines de vacances, pas 6 mois comme tout le monde ici ! Enfin, tout à l´heure, nous avons rencontré un jeune bordelais en route pour un tour du monde oenologique. Tout cela pour dire que tous les grands projets passent par San Pedro...

La journée s´est terminée par une grande émotion : le coucher de soleil sur la vallée de la lune, une bizarrerie géologique qui fait qu´une partie du socle du salar s´est retrouvée compressée et projetée verticalement sous la poussée de deux cordillères parallèles. Cela donne un décor "lunaire", d´autant plus impressionnant que vers 6 heures du soir s´embrase l´immense horizon des volcans. Nous distinguons entre les cônes parfaits une trace sinueuse et légère : la route de l´Argentine. C´est là que, peut-être, demain, les géants de lave nous laisseront le passage. Et si ce n´est pas demain, ce sera plus tard. Qu´importe !



 

Repères


Pourquoi un désert ici ?


C´est une conjonction de plusieurs facteurs géo-climatiques somme toute classiques. De part et d´autre de l´Equateur, qui est une zone de basse pression et de précipitations importantes, sont situées des zones de haute pression aux alentours des tropiques (celui du Capricorne dans notre cas). En Amérique, il s´agit des déserts californiens et du Sud des Etats Unis et de notre Atacama. Mais ce dernier possède en plus l´influence du courant froid de Humboldt qui, depuis les régions polaires, remonte la côte chilienne, puis péruvienne. Cette fraîcheur maritime est aggravée par les alizés qui chassent vers le large les eaux de surface provoquant la remontée d´eaux profondes, encore plus froides. Le contact des eaux froides et de l´air torride crée cette brume côtière, appelée ici camanchaca et garoa plus au Nord, qui ne dépasse jamais les contreforts montagneux et se dissipe avant d´avoir pu se transformer en pluie, sous l´effet des hautes pressions. Dans le cas de l´Atacama, le phenomène est aggravé par une triple rangée de cordillères qui bloquent totalement les rivières venant des cimes. En revanche, ces cuvettes se transforment parfois en lagunes ou en salars.



Qu´est-ce qu´un salar ?


C´est une ancienne mer intérieure qui, en l´absence de contributeurs et de précipitations, s´est progressivement asséchée, formant une couche de sel parfaitement plane. Les salars d´Uyuni (Bolivie) et d´Atacama renferment, sous la couche de sel, la quasi totalité des réserves de lythium du monde. Seules quelques rares espèces peuvent survivre dans cet environnement sulfureux, et notamment quelques algues à forte teneur en carotène. Les flamants, gris pendant les premières années de leur vie, virent au rose orangé à force de les consommer.

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