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CHILI *: DE SANTIAGO AU NORTE CHICO ( 18-21 MAI 02)

 

IMPRESSIONS

Première semaine: Santiago et le Norte Chico

18 mai

Ce journal commence donc trois jours après notre départ. Difficile d'admettre que nous n'avons pas eu de temps pour cela. La vérité, c'est que nous avons commencé notre fabuleux voyage par une cure de sommeil. Seul le passage au- dessus de la cordillère et le plongeon vers Santiago parviennent à m'extraire de ma torpeur.Dommage que le temps ne se soit pas montré plus complice; nous n'aurons pas pu apprécier le merveilleux site, prisonnier qu'il était d'une brume tenace. Nous avons donc imaginé la puissante barrière de l'Aconcagua et le scintillement des neiges éternelles au- dessus des buildings high tech. Santiago pourrait être vu comme une exagération de Grenoble. C'est d'ailleurs dans le local à skis de Julio Gama que nous passons notre première nuit. Julio est un journaliste pauliste qui a décidé qu'on pouvait être brésilien et posséder ses propres skis. Il est donc venu s'installer dans la capitale chilienne comme nous pourrons le faire après notre voyage dans celle du Dauphiné.

Nous évoquons la crise argentine, il prend un air philosophe: Brésil et Argentine sont alternativement en crise, et il pose le théorème suivant: lorsque tu vois débarquer au Brésil les cars de touristes argentins, c'est que quelque chose de grave a dû se passer à la bourse de Sao Paulo. Aujourd'hui, je m'apprête à effectuer un voyage de pacha en Argentine et honnêtement, je n'ai aucun scrupule. Il se rappelle les années 1997-98, alors que le Real (la monnaie du Brésil, pas le club de Zizou) était au plus haut: je trouvais la côte d'Azur très bon marché. Quelques mois plus tard la situation était totalement inversée. Merveilles de l'économie de marché.

Une aspect de Santiago nous a surpris; dans ce pays très catholique et globalement conservateur, se sont ouvertes plusieurs chaînes de cafés piernas (jambes). Derrière un comptoir transparent, des jeunes filles en mini jupe très ajustée et la poitrine déployée, vont et viennent sous le regard mal assumé d'une population masculine complètement frustrée. Rien à voir avec de quelconques repères chauds, nous sommes en plein quartier des affaires!

Nous nous sentions bien à Santiago, forts de l'hospitalité sincère de Julio, mais il est une chose dont nous manquions par-dessus tout, c'est d'air. J'avoue aussi qu'après une vingtaine de jours de grisaille parisienne , les trois jours de brume andine nous ont poussés à précipiter notre ascension vers le Nord: le pays où il ne pleut jamais!

19 mai

C'est donc sous une pluie fine que nous découvrons Pisco Elqui. Cette région abrite quelques uns des plus puissants observatoires astronomiques du monde. Il y en a même un financé par l'Agence Spatiale Européenne. Pour en bénéficier, les scientifiques et chercheurs de tout poil doivent s'inscrire fort longtemps à l'avance et ne disposent chacun que d'un laps de temps très court pour leurs observations. C'est à eux que je pense en voyant ruisseler l'eau sur la paille de notre cabane. Une cabane tout confort, dois-je préciser, comme la majorité des maisons de ce petit village.

Cette vallée est entièrement dédiée à la culture de la vigne. De là vient le Pisco, poison national que nous dégustons en écrivant ces lignes.

20 mai

Comme pour nous dédommager de notre petite frayeur de la veille, le ciel nous gratifie aujourd'hui d'un bleu extrêmement pur. C'est avec une certaine allégresse que nous remontons la vallée de l'Elqui au milieu de ses vignes automnales. Enfin la couleur, l'air, le silence, et la saine transpiration! Nous trouverons des vignes jusqu'à une altitude de 1750 m, ce qui nous étonne. Une culture qui respire la prospérité, car les montagnards du coin roulent dans de somptueux pick-up dernier cri. Pourquoi être surpris? Il se trouve qu'un cultivateur des Andes peut vivre confortablement. C'est même la bonne nouvelle du jour.

Le problème de la culture locale, c'est qu'elle est exclusivement tournée vers le Pisco, qui titre allègrement ses 40 degrés. Difficile dans ces conditions de céder aux sirènes des dégustations gratuites, surtout par un tel cagnard!

21 mai

C'est aujourd'hui fête nationale. Dans les villages que nous traversons les enfants défilent ou exécutent des ballets, les adolescents battent la fanfare tandis que les hommes chevauchent fièrement de superbes chevaux. Là comme ailleurs, éducation et tradition militaire se fréquentent assidûment. Et comme souvent, c'est la défaite militaire assortie du sacrifice d'un héros qui est mise en exergue. Ici, c'est l'abordage fatal du capitaine Prat lors de la bataille navale d'Iquique.

 

 

REPERES

Nos premiers jours au Chili : de Santiago à La Serena , ville coloniale au bord du Pacifique, à environ 500 km au nord de la capitale.

Santiago * , ville très étendue comptant plus de 4 millions d'habitants, un quart de la population du pays. Adossée à la Cordillère des Andes aux neiges éternelles que malheureusement le temps couvert ne nous laissera pas admirer, elle est dominée par deux collines (cerros), que nous ne gravirons pas !

Nous ne resterons que deux petites journées à Santiago. Mais nous aurons tout de même pris le temps de visiter deux des principaux musées de la ville, nécessaire pour connaître les rudiments de l'histoire du Chili et apprendre quelques noms, qui rendront les rues de toutes villes et bourgades bien familières:

- Pedro de Valvidia, personnage avec lequel commença la "conquête" espagnole en 1540 par une expédition lancée depuis Cuzco par Pizarro et qui se termina par une défaite en 1553, marquant le début de la résistance des Mapuches, indiens du sud du pays ;

- Bernardo O'Higgins, symbole de l'indépendance proclamée en 1810, toute l'Amérique hispanique ayant été poussée par le Siècle des Lumières et les idées de la Révolution française à entrer en guerre contre les colons espagnols. -

- Arturo Prat, célèbre par la bataille d'Iquique du 21 mai 1881 (aujourd'hui, 21 mai, est jour ferié) qui commémore la guerre du Pacifique dont l'enjeu était le désert de l'Atacama et sa réserve de salpêtre (nitrate). La Bolivie perd alors tout accès à la mer.

- Salvador Allende, page d'histoire plus récente que je n'ai pas besoin de développer. Statue très digne sur la place de la Constitución à Santiago. Page noircie par une date autrement sinistre : le 11 septembre, jour de 1973 où est survenu le coup d'Etat qui installera la dictature et verra Salvador Allende se suicider. - Et puis bien sûr Pinochet, absent des musées, absent de cette chronique.

Après avoir longé la Panaméricaine, nous atteignons La Serena qui sera notre base de départ pour la spendide vallée de l'Elqui, patrie de Gabriella Mistral, petite paysanne rurale ayant obtenu le prix Nobel de littérature en 1945. La Serena est une ville commerçante prospère, qui exporte ses fruits et produits miniers (cuivre) et profite d'une importante infrastructure touristique et balnéaire: ça, c'est le Routard qui le dit, car hors saison c'est une cité très calme.

Coup de coeur pour Pisco Elqui, petit village de 500 âmes, lové au creux des Andes et encerclé de vignes magnifiquement embellies par les couleurs de l'automne. Le vin chilien est exporté dans plus de 60 pays, 56000 ha lui sont consacrés et 9000 ha sont dévolus à l'élaboration du Pisco, qui bénéficie d'une appellation contrôlée.

 

 

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